ACTE TROISIÈME
LA GÉNÉRALE
Décidément, j'aime beaucoup l'histoire de votre j trisaïeule. C'est dommage que M. Soindres ne l'ait pas entendue... C'est un joli paragraphe de l'amour-passion I au dix-huitième siècle.
MADAME DE BOISDUGAND.
Au fait , — où est-il donc passé, M. Soindres ?
LA GÉNÉRALE
Il doit être avec Mlle MotrelT, en train de faire une promenade sentimentale dans le parc, au crépuscule. Ils ne se quittent plus... Avez-vous remarqué, Cécile?
^k CÉCILE.
•le n'ai pas remarqué... je m'occupe peu de ce que font les autres.
LA GÉNÉRALE
C'est pour moi, ça.
Oh! pas du tout.
LA GÉNÉRALE
Ce matin encore, pendant trois heures, Mlle MotrelT lui a joué du piano. Je l'entendais... ma chambre est juste au-dessus de la bibliothèque. J'avais envie de hurler... d'autant plus qu'elle n'a fait que jouer du Wagner.
CÉCILE
Suzanne joue très bien.
LA GÉNÉRALE
Je ne vous dis pas... mais pendant trois heures... et du Wagner.
CÉCILE
Vous n'aimez pas Wagner?
i02 L'ESCALADE
LA GENIJPvALE.
Non. D'abord, c'est un .Vilemand, et puis je ne comprends pascettemusique-là... et, comme je ne suis pas snob, j'ai le courage de mon opinion. A propos, j'ai luson livre àM.Soindres,ce fameuxlivredont vous êtes tous si entichés.
BOISBUGAND.
Eh bien?
LA GÉNÉRALE
C'est idiot; ça ne tient pas debout ; c'est au-dessous de tout. Ils ne savent plus quoi inventer. Non, ce savant qui veut nous prouver cpje l'amour est une maladie! C'est à se demander quelles femmes il a connues, (sue pouffo.) Voyons, Cécile, ce n'est pas votre avis ?
CECILE
Vous jugez un tel livre un peu rapidement, générale. L'amour est parfois une grave maladie. Voyez cette pauvre Lazarette.
LA GÉNÉRALE
Moi, je m'en tiens à la définition de l'amour contemporaine d'Aurore-Estelle de Boisdugand : L'échange de deux fantaisies et le contact de deux épidermes.
CÉCILE
Il paraît que c'est tout de même plus que ça.
LA GÉNÉRALE
Et vous, Gabrielle, donnez-nous votre avis?
MADAME DE BOISDUGAND.
Oh! mon avis, vous le connaissez. Je n'entre pas dans tant de subtilités. Quand une femme a un mari qu'elle aime et des enfants à élever, toutes ces questions-là ne la préoccupent guère. J'en prends cà témoin Mme Galenizzi.