SOI A DR ES
Mais c'est insensé... c'est inouï, et, de votre part surtout, tellement invraisemblable.
SOIADRES.
Pourtant, puisque je suis là, il faut bien l'admettre. Je ne sais pas moi-même comment j'ai pu prendre ce parti extrême; mais, depuis que vous m'avez parlé tout a l'heure sur la terrasse, je souffre trop. Je ne pouvais plus rester dans ma chambre... Je ne respirais pas... les murs semblaient m'étouffer. Voilà deux heures que je me promène dans le parc, sous l'orale en proie a tous les tourments du désir, de la jalousie du desespoir, de la rancune, de l'amour, en un mot ' de 1 amour! J'ai passé et repassé vingt fois devant votre fenêtre, seule éclairée dans toute la façade du château
CÉCILE
Comment êtes- vous monté?
SOINDRES. 5
J'ai pris l'échelle du jardinier dans la serre et l'ai appliquée contre le balcon.
CÉCILE
Où donc est-elle votre échelle, je ne la vois pas?
ACTK TROISIEME I2i
SOI.NDRES.
\'ous ne pouvez pas la voir... Je l'ai appuyée à l'autre extrémité du balcon.
CÉCILE
Alors, vous avez dû passer devant les fenêtres de Suzanne, malheureux !... si elle vous a entendu... si elle vous a vu?...
SOI.NDRES.
Tout le monde dort dans cette maison. La nuit est fort sombre... Elle n'a pas pu me voir et je n'ai pas fait de bruit; elle n'a pu ni'entendre. Vous-môme, vous ne m'avez pas entendu.
CÉCILE
C'est égal... vous n'avez pas songé à l'imprudence d'une telle démarcha, à ce que votre présence ici, à deux heures du matin, avait de compromettant pour moi?
SOIXDRES.
Bien ne peut vous compromettre; on ne compromet pas le marbre.
CÉCILE
C'est possible; pourtant il faut vous en aller tout de suite.
SOINDRES.
Il faut d'abord que je vous parle.
CÉCILE
Vous ne voulez pas vous en aller?
SOINDRES.
.le ne le peux pas.
CÉCILE
Soit ! Je vais appeler, crier; que voulez-vous?
SOIKDRES.
Non! vous n'appellerez pas; vous ne provoquerez pas un scandale; vous n'avez rien à y gagner. Vous savez bien que je ne me jetterai pas sur vous, n'est-ce pas? (Geste de Cécile.) Je VOUS Taffirme. Mais il faut que je vous parle et vous devez m'écouter. Vous m'avez reproché tout à l'heure d'être parti, il y a deux mois, sans vous donner un mot d'explication. Eh bien, cette explication,je viens vousla donner et vouslademander.
CÉCILE
Une tentative d'explication avec escalade. Dans ces conditions-là, je n'ai rien à entendre. L'effraction ne réussit pas auprès de moi.
SOINDRES.
Ah! qu'est-ce qui réussit auprès de vous? Ce n'est toujours pas la patience et le respect. Je vous en supplie... tâchez de m'écouter avec calme.
CÉCILE
Avec calme!... lorsque je suis indignée, outrée... offensée.
SOIKDRES.
Allons donc ! Vous ne pouvez être que très flattée^.
CÉCILE
L'impertinence ne vous va guère, croyez-moi. A qui pensez-vous donc parler?
SOINDRES.
A vous, à une coquette, à une froide allumeuse, pour employer votre jargon mondain, à une femme qui depuis trois mois se divertit à me torturer. Oui, le jour où je vous ai connue a été pour moi un jour détes-