‹ Théâtre (volume 5)Chapitre 90 sur 227 · ACTE (JLATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE (JLATRIEME

sions. Et puis vous ne lui aviez pas encore parlé, mais il a suffi que vous lui parliez dix minutes pour qu'il fût à nouveau emporté vers vous, et comment ! Réfléchissez, ma petite Cécile; tout cela est très logique, de cette logique spéciale à l'amour et qui ressemble à s'y méprendre à de la folie.

CÉCILK, loujours dans les larmes.

Non, non, il n'aurait pas dit à toute autre femme ce qu'il a pu vous dire à vous... que vous étiez douce, bonne, sérieuse, sans coquetterie surtout. Ah! je l'entends d'ici... c'est tout cela qu'il vous a dit...

SUZANNE

C'est possible... Et peut-être aussi, sans m'en rendre compte, je l'ai trop encouragé... Ah! l'on ne devrait jamais s'engager dans un flirt de charité. Mais c'est moi qui ai mis sous ses paroles des intentions qui n'y étaient pas... c'est le désir que j'en avais, et ces intentions vous ne devez pas les y mettre. Vous pouvez me croire... Vous avez toujours reconnu mon amitié et ma franchise... Pourquoi changerais-je tout à coup? Je vous dis la vérité : il ne m'a pas dit qu'il m'aimait. Il ne m'a même pas pris la main. Voyez-vous, tout cela, c'est ma faute et c'est aussi la vôtre.

CÉCILE

Oui, je sais bien, j'ai été un peu coquette.

SUZANNE

D'abord, et puis vous avez eu de l'amour-propre. Si vous m'a-viez seulement laissé comprendre que vous l'aimiez, et Dieu sait si j'aurais vite compris, j'aurais mis tous mes soins, toute mon affection, toute ma tendresse à vous réunir et rien de tout cela ne serait arrivé. Il ne faut pas avoir trop d'orgueil.

CÉCILE

Regardez-moi, je n'en ai plus... et vous êtes témoin de ma faiblesse...

SUZANNE

Et c'est la meilleure preuve que vous l'aimez et puisqu'il vous aime...

CÉCILE

Je n'en sais plus rien.

SUZANNE

Il vous adore... Il vous adore; si j'avais pu l'entendre tout à l'heure, c'est ce qu'il m'aurait dit loyalement. Tout cela s'est passé en dehors de lui... nous nous en sommes expliquées toutes les deux en dehors de lui, c'est très bien et vous ne devez lui parler de rien.

CÉCILE

Vous êtes une femme exceptionnelle, Suzanne.

SUZANNE

Je n'y ai aucun mérite. Je n'ai pas le choix, je n'ai même pas l'auréole du sacrifice... J'aurais pu vous huiv tous les deux. J'aurais été bien avancée... et ne fais-jr> pas mieux d'être très heureuse de votre bonheur et d-' vous embrasser de tout mon cœur.

CÉCILE

Mais vous partez?

SUZANNE

Oh! je ne me fais pas meilleure que je suis. Le bonlieur, le bonheur des autres, c'est comme un bel édifice qu'il faut d'abord contempler d'un peu loin, pour en saisir l'ensemble... ensuite, on s'approche pour en supporter les détails. (Des larmes montent encore à ses yeux; elle va pour remonter d.ins sa chambre et, sur une maiTlie de l'escalier, s'arrête et, souriant à travers ses larmes, dit encore à Cécile ;' 11 doit

vous attendre, allez le retrouver! (Puis elle disparaît.)

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