ACTE QUATRIÈME
SUZANNE
Je n'ai pas de confidences à vous faire... vous ne m'avez pas fait les vôtres; vous ne m'avez pas dit que vous l'aimiez. Depuis deux mois qu'il était parti, n'avez-vous pas simulé l'indifTérence la plus complète, et est-ce ma faute, quand vous aimez les gens, si votre orgueil vous pousse à proclamer que vous ne les aimez pas?
CÉCILE
C'est possible... en tout cas, ce n'était pas à vous d'en profiter.
SUZANNE
D'en profiter. Oh! Cécile, Cécile, c'est affreux ce que vous venez de dire là... Mais qu'imaginez-vous donc?
CÉCILE
Je n'imagine rien, j'ai tout entendu.
SUZANNE
Alors, moi, j'aurais le droit de ne rien vous dire; mais je crains que vous n'ayez mal entendu, mal compris surtout et, plutôt que d'être soupçonnée d'une manœuvre aussi misérable, aussi basse, je parlerai. Après tout, je n'ai rien à cacher et je n'ai jamais cessé d'être votre amie. D'ailleurs, vous jugerez. Mais ce que je vais vous dire, promettez-moi de n'en jamais parler à personne.
CÉCILE
Je vous le promets.
SUZANNE
Je veux dire pas même à lui.
CÉCILE
Je vous le promets.
SUZANNE
Kh bien, oui, quand il est revenu ici, il y a quinze
jours, quand je l'ai vu malheureux... il avait tantbesoin de raffection d'une femme, de sentir que quelqu'un s'intéressait à lui... alors, je lui ai parlé comme une amie, comme une sœur; j'ai voulu être sa consolatrice.
Rien de plus, Suzanne?
SUZANNE
Cécile, le rôle de consolatrice est plein de dangers; on ne vit pas impunément dans l'atmosphère de l'amour.
CÉCILE
Oui, je comprends... mais lui, lui, que vous a-t-il dit hier soir? Ah! je le devine, vos larmes sont assez éloquentes. Et cette nuit, il est venu dans ma chambre. . il m'a reproché ma conduite, il m'a parlé de sa souffrance. Ah! il n'avait pourtant pas le droit de m'injurier; il n'avait pas le droit de m'émouvoir. Il est entré par une échelle comme un voleur et, en effet, il m'a volé les baisers de mes lèvres; il m'a arraché la promesse d'être sa femme; je m'étais bien aperçue de votre intimité, je ne lui en ai même pas parlé... Je pensais quil employait ce pauvre moyen do me rendre jalouse, je l'excusais; mais je ne croyais pas que, de son côté, les choses avaient été aussi loin... Ah! non, ce n'est pas l'homme gauche, timide et maladroit qu'il prétend être... Il a agi comme... je ne sais pas, moi. (EUe picurc.)
SUZANNE
Ma pauvre petite Cécile, mais vous vous égarez, je vous assure. Et quand bien même il aurait cherché à vous rendre jalouse en même temps qu'il cherchait à se guérir. Il vous aimait, il souffrait, il se débattait, le malheureux; il a employé tous les moyens, tous les pauvres moyens. Ce qu'il m'a dit, il l'eût dit à toute autre femme, parce qu'il fallait qu'il le dise. Je me suis trouvée là, tout simplement. Oh ! je no mcfaispasd'illu-