‹ ThéâtreChapitre 1 sur 185 · MAURICE DONNAY · texte numérisé non relu

MAURICE DONNAY

On éprouve une volupté in quiète et une délicieuse surprise à entendre, au Théâtre-Français, les comédies de M. Maurice Donnay. Sur la scène majestueuse où M. Edouard Pailleron exposait naguère de jolis bouquets artificiels montés avec soin, voici de longues fleurs aux tiges encore humides et dont les racines gardent un peu de terre. L'auteur les lia en gerbe, à la façon des bouquetières du boulevard, d'une main nonchalante et experte; elles répandent une subtile ivresse. Et cet art, sans ordre apparent mais harmonieux, ne se contente point d'une admiration paisible: il requiert encore le consentement de tout l'être.

C'est pour cette raison que la divine Bartet, appréciant l'œuvre si humaine qui s'appelle V Autre Danger, put dire:

— Cette pièce, on l'aime comme une personne!

Il faut chercher 1«\ le secret du charme propre à M. Maurice Donnay: parmi les poètes de l'amour, il est le plus voisin de la nature. La jeune et exquise duchesse de Choiseul écrivait à M"^^ du Deffant: «M. Walpole me parle toujours comme à une femme!» Tous les amoureux qu'on rencontre dans les pièces de M. Maurice Donnay révèlent cette secrète et hardie offensive; aucune amoureuse ne s'en étonne. Entre ces adversaires mal armés, une force d'animalité rayonnante et toujours en éveil négocie sans

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