‹ ThéâtreChapitre 2 sur 185 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

cesse, presque à l'insu des cœurs. Tandis que les lèvres prononcent des paroles impertinentes et frivoles, leurs corps, indifférents à ces jolis concerts, concluent de sérieuses ententes. Dans le merveilleux musée qu'est le répertoire de la Comédie-Française, on admire d'incomparables portraits de femmes, frémissantes et douloureuses. Mais ce sont des héroïnes. L'anathème chrétien qui flétrit les faiblesses de la chair pèse sur elles. Pour Andromaque, pour Bérénice et même pour Phèdre, l'âme reste la souveraine, — pauvre souveraine qui ne gouverne pas toujours, mais du moins règne. Sous sa tutelle précaire, les sens mènent un état de parents honteux, qu'on n'avoue point. Et ces esclaves exigeants, mal résignés au silence, peuvent gronder et cabaler en sourdine: si l'on pense toujours à eux, on n'en parle jamais.

M. Maurice Donnay restitua aux sens une situation honorable dans l'amour; il reconnut leurs droits avec honnêteté. Quel autre écrivain que l'auteur du Torrent aurait eu l'audace — et le droit — d'évoquer les « désillusions du corps » ? Chez lui, l'âme semble être près de la peau, au point de se confondre avec elle. C'est pourquoi les femmes qu'il a créées sont peut-être plus femmes que les autres: Kacine nous offrit l'âme de Bérénice, Maurice Donnay nous a livré son parfum.

Ainsi ce peintre si actuel et si aigu de la société contemporaine est le dernier des païens. Grâce à sa magie, le Désir retrouve sa place légitime parmi les lois augustes qui régissent le monde. Le peintre Degas prétend que Jupiter se promène encore dans les rues, mais que nous ne le reconnaissons point. M. Maurice Donnay, s'il croisait Vénus, ne s'y tromperait pas. A\ix Variétés, quand le ténor José

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