ACTE PREMIER
Écoutez-moi cependant! Je ne suis qu'une femme, mais j'ai du bon sens; la nature m'a douée d'un jugement sain que je développe encore, grâce aux sages leçons de mon père et des vieillards. Je demande aussi l'indulgence des courtisanes qui sont ici.
SALABACCHA
Tu n'en as pas besoin, Lysistrata, et ce commencement me plaît plus que je ne saurais dire.
LYSISTRATA
Peut-être trouveront-elles mon langage bien vulgaire, elles qui ont coutume de traiter les plus hautes questions avec les philosophes et les poètes... mais qu'elles daignent songer aussi que, tandis qu'elles rivalisent avec les plus subtils esprits de langage fleuri et de belles conceptions, nous, nous restons dans nos maisons à carder la laine ou à surveiller si le brouet n'est pas trop clan-.
DES VOIX Très bien... très juste.
LYSISTRATA
Les courtisanes ont le loisir de s'instruire, parce qu'elles n'ont qu'à faire l'amour, et encore la plupart du temps, elles font semblant.
SALABACCHA Pas plus que toi.
Rires.
DES VOIX Écoutez dune! Silence! Écoutez donc!
194 LYSISTRATA
LYSISTRATA
Et d'abord, avant tout, il faut que je vous remercie de vous être toutes rendues à mon appel avec cette louable exactitude; oui, je vous remercie, et les hommes devraient prendre exemple sur vous, car pour que vous veniez à l'assemblée, on n'a pas été obligé de fermer les cabarets, on n'a pas eu besoin de tendre la corde rouge autour des retardataires sur l'Agora et enfin, ce qui est mieux, vous êtes venues sans aucun espoir de salaire, même les courtisanes; vous êtes venues sans qu'on vous promette le triobole pour prix de votre présence. Votre conduite doit faille honte aux hommes, car vous avez agi comme aux vieux temps des vertus civiques et guerrières, comme aux jeunes années de la Képublique, alors que nul n'eût osé faire payer les soins qu'il donnait aux affaires de la cité ou de l'État: chacun apportait son repas, du pain, deux oignons, quelques olives et du vin dans une petite outre. Ah! ces temps sont loin de nous! Aujourd'hui, le citoyen court gagner ses trois oboles; depuis le bas jusqu'en haut, c'est à qui rivalisera de vénalité...
TOUTES Tiès bien, lo, lo, très bien.
LYSISTRATA
Oui, c'est à qui rivalisera de vénalité, et le magistrat est un mercenaire comme le maçon!
MYRRHINE Ah! par Cérès, ça c'est envoyé!
LYSISTRATA Certes ma patrie m'est chère autant qu'à vous, mais je gémis de voir ce qui s'y passe. Je vous parlais tout à