ACTE PREMIER
l'heure des vertus guerrières. La guerre peut être sacrée et nécessaire, sacrée lorsqu'un peuple défend ses croyances et ses dieux, nécessaire s'il doit défendre son territoire même. Mais lorsque la guerre naît de prétextes cherchés et combien futiles! lorsqu'elle devient un jeu, un moyen de s'enrichir pour quelques stratèges qui reçoivent des amphores de vin de tous les fournisseurs, un moyen de mauvaise popularité pour quelques meneurs ambitieux et braOIards, alors la guerre devient barbare, vile et détestable aux dieux. (Très bien, très bien.) Or pourquoi avons-nous la guerre depuis vingt ans? Pourquoi la Grèce n'est-elle plus qu'un vaste camp? Est-ce parce que les barbares ont dévasté nos champs, brûlé nos temples et pillé nos cités? Non... c'est, pour une bagatelle, un petit incident de ville à ville. Un soir, des jeunes gens ivres vont à Mégare enlever la courtisane Simétha; les Mégariens, pour se venger, enlèvent à leur tour deux courtisanes de la maison d'Aspasie, et, pour trois filles de joie, voilà la Grèce en feu! Voyons, ce n'est pas sérieux. Alors les champs sont abandonnés, les paysans se réfugient dans les villes, on ne célèbre plus les Dionisiaques, on n'entend plus les flûtes champêtres. Chaque cité, chaque île, si minime qu'elle soit, doit fournir des chevaux et des soldats. Les arts ne sont plus cultivés, le militarisme règne en maître et moi je dis: le militarisme, voilà l'ennemi!
TOUTES lo! lo! elle a raison.
LYSISTRATA
S'il y a une trêve, une courte trêve, les hommeé ne quittent pas leurs armes dans la ville; ils s'en vont la lance au poing sur le marché; on les voit au milieu des marmites et des légumes, armés en guerre comme des
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Corybantes, et n'est-ce pas une plaisante chose qu'un homme qui porte un bouclier à tête de Gorgone pour marchander des rougets ? (Rires.) Voyons est-ce vrai ? ai-je raison ? Exagéré-je ! Moi qui vous parle, j'ai vu l'autre jour sur le marché un phylarque avec de longs cheveux; il était à cheval et versait dans son casque de la purée qu'il avait prise à l'étalage d'une vieille, tandis que son cheval caracolait et piétinait un tas de figues, au grand désespoir d'une petite marchande à côté. Que dites-vous de cela, mes chères amies?
La chose est drôle et vaut qu'on en rie.
LYSISTRATA Évidemment, nous autres femmes, nous aimons les fanfares, les casques, les crinières, les défilés, les revues et les beaux hommes. Il faut que les hommes aillent dans les palestres, s'exercent à la lutte, lancent le disque, conduisent les chars; mais nous voulons qu'ils soient braves, qu'ils soient forts, mais non qu'Us versent du sang, et ce que nous aimons, ce n'est pas qu'ils fassent la guerre, mais qu'ils soient capables de la faire. Certes, il est flatteur d'être caressée par un capitaine à trois aigrettes et à manteau de pourpre. Quant à celles d'entre nous qui aiment la tunique rouge, qu'elles réfléchissent qu'une fois ôtée et accrochée, qu'elle soit rouge ou non la tunique, cela a bien peu d'importance. (C'est vrail c'est vrai!) J'en sais quelque chose: Lycon, mon mari, est capitaine... mais lorsqu'il revient de campagne avec son sac qui empoisonne le ragoût à l'oignon et tout ce cuir dans lequel il a eu chaud, je vous assure que ce n'est pas excitant. (Rires.) Enfin! n'avez-vous pas horreur de ces tueries et de ces massacres ? 0 femmes, nous enfantons des fils qui vont combattre