ACTE PREMIER
VÉTHEUIL
Mes moyens ne me le permettent pas.
CLAUDINE
Comme c'est vilain ce que vous dites là. Elles ne sont pas toutes comme ça. Laissez-moi croire, Dieu merci, qu'il y a encore des femmes du monde qui font l'amour pour rien.
VÉTHEUIL
Pour moins que rien.
CLAUDINE
Ayez une intrigue avec une jolie bourgeoise, une femme mariée.
VÉTHEUIL
C'est très dangereux maintenant les femmes mariées: elles vous font promettre de les épouser... Et puis, la femme mariée, ça n'est plus romanesque. Je me souviens, quand j'avais dix-huit ans et qu'on disait de l'un d'entre nous: il a pour maîtresse une femme mariée, celui-là avait comme une auréole, il prenait à nos yeux des proportions fantastiques; mais, aujourd'hui, c'est une aventure que dédaignerait un élève de seconde, tant c'est devenu banal.
CLAUDINE
Voyons, voyons, vous exagérez: l'amour existe encore. C'est extraordinaire que ce soit moi qui sois obligée de défendre ces femmes-là; mais il n'y a pas que des coquines, il y en a qui aiment et qui savent aimer.
Bien pou.
CLAUDINE
Plus que vous ne croyez! D'ailleurs, vous m'avez tout l'air de ne pas savoir ce qu'il vous faudrait.
VÉTHEUIL Oh! si, il me faudrait une femme comme...
CLAUDINE
Comme?...
VÉTHEUIL
Non, rien. (Il se lève.) Madame, je vous demande la permission de...
CLAUDINE Vous vous en allez... déjà?
VÉTHEUIL
Déjà est très aimable... c'est-à-dire que je suis resté très longtemps pour une première visite... c'est même indiscret.
CLAUDINE
Pas du tout! Restez donc encore un peu...
VÉTHEUIL
Vraiment, je ne vous dérange pas? Vous n'avez rien à faire?
Vous m'amusez beaucoup, au contraire; vous vous en irez tout à l'heure, à moins que...
VÉTHEUIL
Oh! moi, j'ai le plus grand plaisir à être près de vous. Use rassied.