ACTE PREMIER
LE COMTE D a de la fortune alors?
CLAUDINE
Je ne crois pas qu'il ait ce qui s'appelle de la fortune, U doit simplement avoir de quoi être indépendant.
LE COMTE C'est l'essentiel. Enfin il est gentil?
CLAUDINE
Oui, et pas banal... et même d'âme assez généreuse. En tout cas, je le crois incapable d'une muflerie.
LE COMTE C'est de nos jours le plus bel éloge que l'on puisse faire de quelqu'un. Comment l'appelez-vous déjà? Je n'ai pas très bien entendu le nom que vous m'avez dit.
Vétheuil... Georges Vétheuil.
LE COMTE
Attendez donc, il me semble que je connais ce nom-là. Mais il a été en prison, votre Vétheuil.
CLAUDINE, outrée.
Jamais de la vie. C'est impossible! Mais, mon cher ami, vous êtes foui
LE COMTE
Calmez-vous, calmez-vous. Il y a eu en 1880, lors des fameux décrets, vous savez bien, les décrets Ferry, il y
a eu un Vétheuil, un jeune homme qui pouvait avoir dixhuit, dix-neuf ans et qui a conspué les gendarmes qui venaient expulser les dominicains de la rue... de la rue... peu importe. On l'a conduit au poste.
CLAUDINE, calmée.
Ah! comme ça, je ne dis pas.
LE COMTE
Ça se passait en 1880, nous sommes en 1895, dix-huit et quinze, trente-trois... Ça doit être ça... Il faudra que je le lui demande.
CLAUDINE Si c'est lui, vous allez l'adorer...
LE COMTE
Je ne dis pas ça, mais il aurait plus de chances de me plaire.
Petit silence.
Et quoi de nouveau?
LE COMTE Pas grand'chose.
CLAUDINE Mais encore?... Pas de potins... rencontré personne?
LE COMTE Si... j'ai rencontré Lagny.