‹ ThéâtreChapitre 4 sur 185 · PRÉFACE *; IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE *; IX

Un instinct sûr lui révélait un ennemi dans le doctrinaire dédaigneux qui compliqua des tourments de l'idée les tourments de la chair. Cette maladie infiniment distinguée qu'on pourrait appeler V adolphisme lui parut cacher une des plus graves atteintes de l'esprit à la majesté de l'amour naturel. D'où vient que le petit roman de cent cinquante pages écrit voici près d'un siècle exprime encore avec une acuité singulière les inquiétudes de la sensibilité contemporaine? C'est que Benjamin Constant y nota une des révolutions les plus profondes du sentiment: l'intervention abusive de l'intelligence dans les affaires du cœur et son indiscrète tyrannie. Peut-être, au fond, la crise de Vadolphisme réside-t-elle uniquement dans la différence d'âge du cerveau et du cœur. Accorder un crédit d'influence anormal au spectateur qui, dans chacun de nous, surveille l'acteur, c'est réserver à celui-ci une situation misérable.

En l'amant d'Ellénore, le témoin ingénieux à corrompre sa joie est un juge morose; en l'amant de Claudine Kosay, ou d'Hélène, ou de Claire, c'est un ami complaisant. L'émotion lui donne de l'esprit; mais l'esprit, serviteur docile, avec des espiègleries et des impertinences de jeune page, fait la police des préjugés et des rosseries. Aucune arrièrepensée ne trouble la volupté tranquille et l'espèce d'ingénuité passionnelle de ces séducteurs, qui regardent la Vie sans bouder. Us ignorent délicieusement la faute.

M. Maurice Donnay présente une des physionomies les plus complexes de la littérature inodorno. Si on lui cherche vainement un ancêtre, on lui découvrirait du moins des parents. Son âme, sensible à la beauté et qui ne se refuse point, subit le charme de différents idéals. Plutôt que de renier aucun dieu, elle les adorerait tous, à la condition

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