ACTE DEUXIÈME
CLAUDINE Qu'est-ce que tu me racontes?
VÉTHEUIL
La vérité. Il va d'abord aller au Siam dans des conditions extraordinaires. Figure-toi qu'il a connu dans le temps une Irlandaise qui faisait partie d'un concert de dames hongroises et qui était la maîtresse d'un envoyé du roi de Siam. Parole, crois-tu que Bourget serait content ? Et, par le canal de cette Irlandaise, il a obtenu de l'envoyé des lettres d'introduction auprès du souverain, de sorte qu'on viendra le chercher au débarcadère, et qu'on le transportera au palais à dos d'éléphant, avec cortège et musique militaires. Ah! il a de la chance... c'est un beau voyage !
CLAUDINE
Il a de la chance... Tu trouves? Mais tu peux partir aussi!
VÉTHEUIL 11 n'est pas question de ça.
CLAUDINE Je no te retiens pas, tu es libre.
VÉTHEUIL Je le sais bien que je suis libre.
CLAUDINE
En tout cas, tu ne peux pas dire, je suppose que je ne te laisse pas ta liberté.
VÉTHEUIL
Tu me laisses une liberté... de fer... mais j'en suis ravi. Francueil m'a offert de partir avec lui, mais j'aime cent fois mieux rester près de toi, tu le sais bien.
CLAUDINE Et puis tu ne pourrais pas quitter Paris... toutes tes femmes.
VÉTHEUIL
Est-ce que je fais attention aux femmes, puisque je t'adore.
CLAUDINE
Tu as assez fait attention à Henriette Jamine, ce soir.
Oh! pas du tout.
CLAUDINE Qu'est-ce qu'elle te disait donc de si intéressant ?
VÉTHEUIL
Est-ce que j'ai écouté seulement?... elle m'a raconté son engagement au Palais-Royal.
CLAUDINE Tiens, elle est donc engagée au Palais-Royal? H faut croire que les levers de rideau manquent de bras; mais ce n'est pas ça qui te faisait rire.
VÉTHEUIL
Ai-je ri?
CLAUDINE Oui, tu as ri.
VÉTHEUIL Ah! c'est quand elle m'a raconté ses amours avec le prince de Styrie.