‹ ThéâtreChapitre 50 sur 185 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

CLAUDINE

Elle a donc été avec le prince de Styrie ? Je n'en savais rien, moi. C'est étonnant, toutes les femmes te racontent leurs histoires, à toi... moi, je suis l'amie d'Henriette, je la connais depuis dix ans... elle ne me dit jamais rien. Tu la vois pendant cinq minutes, elle te dit tout.

VÉTHEUIL Ce n'est pas ma faute si les femmes...

CLAUDINE

Avec ça... Tu t'intéresses à leurs aventures, tu les provoques aux confidences, tu prends des airs de confesseur, de psychologue, tu regardes dans leurs yeux, tu lis dans leur cœur, tu leur fais le grand jeu... Monsieur Prudence, va! Non, c'est vrai, ça me met en colère. Je sais bien que je ne devrais pas te dire ça... c'est bête, c'est maladroit, c'est autant de terrain que je perds, mais c'est plus fort que moi... Ah! suis-je bête, mon Dieu, suis-je bête !

VÉTHEUIL

Écoute, ma petite Claudine, tu es trop injuste. Comment, je viens ici, j'attends une heure dans la rue, par le froid, par la neige, pour avoir la joie profonde de passer quelques instants avec toi, et voilà comme tu me reçois! Car ce n'est pas très drôle d'attendre que l'autre soit parti, me cède la place... Ah! je laisse rudement ma dignité à la porto pour te prouver que je t'aime.

CLAUDINE

Oh! toi, tu n'es pas jaloux!

VÉTHEUIL

Non? mais si, je suis jaloux, seulement je reste logique. Je ne te fais pas de scènes... inutiles... et je ne vais pas chercher surtout dans le passé; U n'est pas à moi le passé, il n'est même plus à toi.

CLAUDINE

Mais Henriette Jamine, ce n'est pas le passé... c'est ce soir, ce soir... tout à l'heure. D'ailleurs, il n'y a pas que moi qui m'en sois aperçue : Kuyseux lui-même l'a remarqué et pour qu'il le remarque, lui!

VÉTHEUIL Il ferait bien mieux de s'occuper de ses affaires.

Comment l'entends-tu ?

Eh bien, oui, tu as été assez coquette, ce. soir, avec Chérance, toi aussi.

CLAUDINE J'ai été coquette, moi?

VÉTHEUIL

Certainement, je ne voulais pas te le dire, parce que je trouve ça absurde, mais puisque c'est toi qui commences, je serais bien bête de me gêner. Il est vrai que toi, tout t'est permis.

CLAUDINE J'ai été aimable, j'étais chez moi.

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