ACTE TROISIÈME
LE COMTE
Je ne vais pas rester longtemps; je venais seulement vous demander pourquoi vous n'êtes pas venu hier?
VÉTHEUIL Hier?... où ça?
LE COMTE
Je m'en doutais bien, vous avez oublié que vous deviez dîner avec Claudine et moi et que nous devions aller ensuite aux Folies-Bergère pour les débuts de la princesse Soukhinitchi.
VÉTHEUIL
C'est vrai, ça m'était complètement sorti de la tête... J'ai été tellement occupé hier... je mets en ordre en ce moment des affanes que j'ai négligées depuis dix ans, de sorte que je suis un peu bousculé. Alors vous m'avez attendu ?
Naturellement... et puis vous n'aviez pas prévenu, pas envoyé un mot, j'étais inquiet. Je craignais que vous ne fussiez malade.
VÉTHEUIL
Je suis désolé, mais j'ai complètement oublié. Je vous demande mille pardons.
LE COMTE
Mais de rien... l'important, c'est qu'il ne vous soit rien arrivé.
VÉTHEUIL
Eh bien, vous êtes-vous amusés? Comment est-elle, cette princesse Soukliinitchi?
LE COMTE C'est une très jolie femme.
SAMBRÉ Est-ce une vraie princesse?
LE COMTE
Je crois bien... elle a épousé en justes noces le prince Soukliinitchi, elle-même est d'une grande famille, c'est une La Roche-Ferrières... j'ai joué avec elle quand elle était enfant... Oh! je n'en suis pas plus fier pour ça. EUe a donc épousé ce prince Soukhinitchi, mais elle n'aimait pas du tout son mari; en général, elle n'aime pas les hommes.
VÉTHEUIL ■ Tous les goûts sont dans la nature,
SAMBRÉ Et au besoin contre elle.
Alors, ils se sont séparés au bout d'un an de mariage, ils ont fait la fête chacun de son côté. Elle s'est ruinée, et pour ennuyer sa famille qui ne voulait pas lui donner d'argent, elle a débuté aux Folies-Bergère.
VÉTHEUIL Il devait y avoir beaucoup de monde. Elle ne s'est pas trop fait siffler?
LE COMTE
Non, c'est-à-dire que, dans les loges, les gens chics l'ont très bien accueillie, ils applaudissaient beaucoup.