ACTE TROISIÈME
VÉTHEUIL
Pas le moins du mondé... seulement, il y a des sensations, des émotions...
SAMBRÉ, ironique.
Des ivresses!...
VÉTHEUIL Certainement, des ivresses dont vous ne vous doutez même pas.
SAMBRÉ Ah! oui. (Il déclame.) «Ange éternel des nuits heureuses, qui racontera ton silence! 0 baiser, mystérieux breuvage, que les lèvres se versent comme des coupes altérées! Ivresse des sens, ô volupté! Oui, comme Dieu, tu es immortelle ! » ^
VÉTHEUIL Il est facile de bouffonner, et d'ailleurs ça c'est de la littérature. Mais il y a des souvenirs qu'on n'évoque pas avec des mots: c'est comme des paysages de bonheur que l'on revoit dans le silence de soi-même, des paysages attendrissants avec de grandes lignes calmes; un air que l'on entend, un parfum que l'on respire, et voilà que vous revivez avec leur intensité les heures de jadis, et que vous retrouvez l'âme que vous aviez à ces heures-là; c'est donc qu'elles valaient la peine d'être vécues. Ainsi, tenez... je me rappelle... mais non, vous ne comprendriez pas...
SAMBRÉ Je n'y tiens pas.
VÉTHEUIL Je vous plains.
' Alfred de Mus.-50t, La Confcssivn d'un enjant du siècle.
SAMBRÉ
Moi aussi, parce que vous aimez votre amie, et ça recommencera,
VÉTHEUIL Non, non, je pars ce soir... ainsi...
Entre un domestique.
LE DOMESTIQUE C'est une dame qui demande à parler à monsieur...
VÉTHEUIL Faites-la entrer.
SAMBRÉ
Je me sauve, cher ami... et puisque vous partez ce soir, je ne vous dis pas adieu, mais au revoir; je passerai vous dire bonjour demain, vers ces heures-ci...
VÉTHEUIL
Vous monterez d'inutiles escaliers.
De Sambré sort et sur la porte se trouve vis-à-vis de Jamine. Il s'efface pour la laisser passer.