ACTE TROISIÈME
VÉTHEUIL
Eh bien, et puis après?
JAMINE Il y avait là quelques femmes faciles, elle s'est imaginé que vous en aviez emmené une.
VÉTHEUIL Ah! grand Dieu, non! De ce côté-là, vous pouvez la rassurer. Pourquoi, d'abord, aurais-je fait ça?
JAMINE
Pour vous distraire, pour vous étourdir.
Oh! non... l'existence que Claudine me fait mener depuis quelque temps m'a assez étourdi..., je ne suis plus moi... je ne me reconnais plus... Ce que je cherche, c'est le repos, le cher repos... à telles enseignes que je pars ce soir et que je vais m'enterrer en Bretagne, au bord de la mer... tout seul.
JAMINE
Vous partez?... Mais je ne peux pas lui dire ça...
VÉTHEUIL Vous n'avez pas besoin de le lui dire... d'abord, je ne pars pas pour éternellement, mais pour quelques jours seulement... ça n'est pas une fuite.
JAMINE Vous allez partir sans la voir, sans lui dire adieu ?
VÉTHEUIL
Oui, il faut que je ne la revoie pas tout de suite. J'ai besoin de me reprendre, de voir clair en moi-même, il faut que je sois tout seul.
JAMINE Vous ne pouvez pas faire ça... vous allez lui faire du mal.
VÉTHEUIL
Je lui écrirai, elle aura une lettre ce soir, une lettre très tendre, je vous assure, dans laquelle je lui expliquerai tout ça bien mieux que vous ne pourriez le faire ; seulement, vous, ne lui dites rien... Il faut me jurer que vous ne lui direz rien.
JAMINE Je vous le jure.
Par exemple, je vous demanderai d'être là quand elle recevra cette lettre (je la ferai porter vers sept heures), pour bien lui dire dans quelles dispositions vous m'avez trouvé, et que je l'adore. Seulement, il faut que ça change, ça ne peut pas durer, il faut prendre un parti.
JAMINE Certainement, mais qu'est-ce que je vais lui dire tout de suite?... parce qu'elle m'attend.
VÉTHEUIL Dites-lui que vous ne m'avez pas trouvé.