‹ ThéâtreChapitre 68 sur 185 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

mentir? je l'attendais en bas dans ma voiture. Elle m'a dit que vous partiez... C'est vrai?...

VÉTHEUIL Oui.

CLAUDINE

Alors, si je n'étais pas venue, vous seriez parti sans me voir, sans me dire adieu. Qu'est-ce que je vous ai fait? On quitte ainsi une femme qui vous fait souffrir, qui vous trompe, qui a sur vous une mauvaise influence, mais vous n'avez pas à vous plaindre de moi.

VÉTHEUIL Je n'aurais été absent que quelques jours, et d'ailleurs j'étais en train de vous écrire.

CLAUDINE

Pourquoi m'écrire? Pour que ce que vous avez à me dire soit plus définitif, plus irréparable... mais vous pouvez me parler et je peux tout entendre. Je ne vous ferai pas de scène, puisqu'il paraît que c'est ma spécialité, et que je vous rends la vie odieuse.

VÉTHEUIL

On vous a mal répété, comme toujours, ce que j'ai pu dire, et si j'avais pris ce parti de vous écrire au lieu de vous voir, c'est que j'avais peur, non pas de vous, mais de moi.

CLAUDINE Vous aviez peur d'être trop faible, d'avoir de la pitié; mais je n'ai pas besoin de pitié, je vous assure... encore une fois vous pouvez tout me dire.

Eh bien, oui, expliquons-nous une bonne fois. Écoutez, Claudine, je vous aime. (Geste de Claudine.) Ohl n'en doutez pas; oui, je t'aime et c'est pour ça que la vie que je mène n'est plus possible... Je t'aime à un tel point que je ne veux plus te partager, même en affection; il faut que tu sois tout entière à moi comme je suis tout entier à toi.

CLAUDINE

Est-ce que je ne suis pas tout entière à toi ?

VÉTHEUIL

Non, il y a entre nous des choses... tu sais bien... Ça m'ennuie, par exemple, d'attendre pour monter chez toi, la nuit, que ton... qu'im autre... enfin qu'il soit parti.

CLAUDINE Est-ce là tout ce que tu as à me reprocher? Tu n'as pas attendu souvent en tout cas, et puis c'est un ami, et puis tu le savais quand tu m'as prise, je ne t'ai pas menti.

VÉTHEUIL

Sans doute, mais c'est toujours la même chose: dans les commencements, parbleu, je ne le connaissais pas... mais maintenant qu'U me tend la main tous les jours, que j'ai appris à l'apprécier, à l'estimer, maintenant qu'il a confiance en moi, ça me gêne de mentir et de le tromper.

CLAUDINE Alors qu'est-ce que je dirai, moi? Il ne faut pas être plus royaliste que le roi, pourtant.

Page 1