ACTE TROISTÈME
fort avant de t'avoir vue, mais dès que tu es entrée ici, j'ai compris que je ne partirais pas. J'étais vaincu d'avance et tu sais bien que je ne peux pas vivre sans toi... j'ai besoin de ta voix, de ton odeur, de tes caresses... j'ai besoin d'avoir la tête sur ton épaule et de t'embrasser, et de t'adorer, et de te le dire. Oui, il faut que tout le reste nous soit bien égal. Eh bien, c'est vrai, puisque nous avons vécu ainsi jusqu'à présent, nous pouvons bien continuer sans faire de mal à personne... il s'agit de s'arranger... puisque nous savons où est le danger, nous l'éviterons. Mon Dieu, tu seras moins autoritaire, moins jalouse, et moi je serai plus patient, plus indulgent. Tu ne seras plus méchante comme avant-hier.
C'est toi qui as été cruel... dire que tu as pu rester plus d'un jour sans me voii"!
VÉTHEUIL Il fallait une explication... nous l'avons eue; elle n'a servi à rien, oublions-la... on s'aime?
CLAUDINE Mais oui.
VÉTHEUIL Vois-tu, c'est l'essentiel.
CLAUDINE Est-ce que tu es si à plaindre que ça ?
VÉTHEUIL Que ça, non.
CLAUDINE Est-ce que nous n'avons pas eu des heures charmantes, des souvenirs inoubliables ?
VÉTHEUIL
Mais si.
CLAUDINE
Alors, embrasse-moi.
VÉTHEUIL Ah! Claudine! je te retrouve, laisse-moi te regarder.
CLAUDINE Non, non... il fait trop clair ici... j'ai tant pleuré, je ne dois pas être jolie... (Elle va à la fenêtre, ferme les rideaux qu'elle attache avec son épingle à chapeau. Elle revient s'asseoir.) Comme ça, c'est plus mystérieux, et tu ne vois pas que j'ai les yeux rouges. Viens là, mon amour, tout près de moi, comme dans les premiers temps que nous nous aimions. Tu te rappelles, tu te mettais à mes pieds, ta grosse tête sur mes genoux, on regardait tomber la nuit, et on avait des âmes de crépuscule et de silence.
VÉTHEUIL Je t'adore, Claudine, je t'adore.
CLAUDINE Attends, qu'est-ce qu'il y a donc là-dessous qui me gêne ?
VÉTHEUIL Ah! oui, je sais, je vais l'ôter.
CLAUDINE Qu'est-ce que c'est?
VÉTHEUIL
C'est ma valise!
Il enlève sa valise que le domestique avait mise sur le canapé et revient près de Claudine. Ils s'enlacent.
Et c'est ainsi que finit le troisième acte.