ACTE TROISIÈME
VÉTHEUIL
Mais on ne peut pas te dire ça à toi: son père n'est pas ton mari,
CLAUDINE
Oui, mais maintenant, il faut autant d'hypocrisie dans le monde où je suis que dans le vrai, le vrai... que dans l'autre, si tu aimes mieux. Et puis il y a des questions matérielles dont il faut bien parler. Si je partais avec toi, est-ce que son père voudrait encore s'occuper d'elle?... C'est un galant homme, c'est entendu, c'est un brave homme, mais la bravhomie a des limites. D'un autre côté, je ne veux pas que ma fUle ait à se débrouiller toute seule comme je l'ai fait... je sais trop ce qu'il en coûte, par quelles souffrances on passe et quels dangers on court, et malheureusement, à présent plus que jamais, il faut que nos fUles aient une dot.
VÉTHEUIL Qu'est-ce que tu veux que je te réponde ? Évidemment ce sont des raisons. Tu dis des choses qui entrent dans mon cœur et qui réveillent ma conscience... Pourtant, si tu m'aimais...
CLAUDINE Oui, je sais bien ce que tu vas me dire: la passion excuse tout; mais chez les brutes seulement. Tu me citeras des femmes qui ont tout quitté pour leur amant... Parbleu, on les connaît celles-là, mais on ne connaît pas les autres, celles dont le cœur a été brisé, meurtri pour suivre leur devoir et qui n'ont rien dit.
VÉTHEUIL A ce compte-là, ton premier devoir était de ne pas être ma maîtresse.
CLAUDINE Le devoir, c'est de ne pas faire du mal à ceux qui ont été bons pour nous.
VÉTHEUIL Mais moi, j'ai fait abnégation de tout pour toi!... Du jour où je t'ai connue, j'ai aliéné ma liberté... je suis venu demeurer près de toi, à deux minutes de ta maison, pour être à ta disposition. J'ai pris tes heures, j'ai réglé ma vie d'après la tienne, je n'ai plus revu mes amis, j'ai bousculé mes habitudes, je n'ai plus pensé à moi-même!
Mais je le reconnais... seulement c'est toi que tu sacrifiais et non les autres. Comme c'est malin! Parbleu, si j'étais seule, crois-tu que je tienne au luxe, à l'argent? et tu sais bien que je te suivrais où tu voudrais, et que je vivrais avec deux cents francs par mois au fond d'une province, pourvu que ce fût avec toi, car je t'ai dans mon cœur et dans ma chair, et je t'aime.
VÉTHEUIL
C'est vrai?
CLAUDINE Oh! oui... mais encore une fois pas jusqu'à la lâcheté. Ce que tu me demandes est impossible, et si l'existence que tu mènes est insupportable, si je ne te rends pas" heureux, tu as raison, il vaut mieux partir tout de suite, m'oublier, et quand tu reviendras, nous serons des amis... si je suis encore là.
VÉTHEUIL Non, Claudine, vois-tu, je ne pourrai pas t'oublier, et quant à être des amis, ce n'est pas raisonnable ce que tu dis là. Oui, tout à l'heure, je voulais partir. J'étais très