‹ ThéâtreChapitre 77 sur 185 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

VÉTHEUIL

Oui, c'est la voiture qui vient me chercher.

CLAUDINE Déjà! Ah! mon Dieul

LE COCHER, patois italien.

Excellence, il est dix heures. J'ai pris les bagages de Son Excellence à l'hôtel; la voiture est en bas.

CLAUDINE Ah! qu'U attende encore cinq minutes!

VÉTHEUIL

Oui, oui, c'est bien... dans cinq minutes, je viens...

Le cocher s'en va. Vétheuil et Claudine restent silencieux quelques instants.

VÉTHEUIL Allons, il le faut!

CLAUDINE

Non, écoute, je n'ai pas la force, je ne peux pas, ne t'en va pas, je t'en supplie, je ferai ce que tu voudras, je le quitterai s'il le faut. Si je le quittais, est-ce que tu resterais ?

VÉTHEUIL Ah! oui, je resterais, mais le feras-tu?

CLAUDINE Oui, si tu veux.

VÉTHEUIL

Écoute, tu le feras? Tu en es bien sûre? Tu sais à quoi tu t'engages ? C'est le père de ta fille, et tu sais que c'est sa vie que tu brises, qu'il n'a de foi qu'en toi? Il faut que

je te dise toutes ces choses, parce qu'après ce serait irrémédiable, tu ne pourrais plus te reprendre, je te le défends.

CLAUDINE Si j'allais le trouver, si je lui avouais tout, il est si bon... il comprendrait peut-être. Veux-tu que je lui dise que nous nous aimons et qu'il ne faut pas nous séparer...

VÉTHEUIL

Ah! tu vois bien!... tu ne peux pas... Aller le trouver... c'est fou ce que tu dis là. Il n'y a pas d'homme qui comprenne ces choses-là. Non, tu vois bien qu'il faut que je parte.

LE COCHER, dans son patois.

Excellence, il est dix heures un quart. Nous avons juste le temps d'arriver à Locarno pour le train de onze heures, il y a de grandes montées.

VÉTHEUIL, au cocher.

C'est bien, je viens tout de suite.

CLAUDINE Qu'est-ce qu'il dit?

VÉTHEUIL Qu'il est dix heures un quart et que nous avons juste le temps pour être à Locarno à onze heures.

CLAUDINE Eh bien, adieu ! (Très long baiser.) Laisse-moi te regarder, Georges, Georges, il me semble que tu meurs. Va-t'en! va-t'en. Ne me dis plus rien!

Elle tombe sur un banc, la tête dans ses mains, et sanglote. On entend les grelots du cheval qui tintent. Le bruit s'éloigne.

Et c'est ainsi que finit le quatrième acte.

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