ACTE QUATRIÈME
VÉTHEUIL
Voyons, Claudine, voyons!...
CLAUDINE
Non, c'est vrai, je suis trop malheureuse. Parbleu, toi, tu vas voyager, tu vas voir des pays nouveaux, ça t'intéressera, tu vas vivre une tout autre vie, et tu m'oublieras!
VÉTHEUIL Non, je ne t'oublierai pas.
CLAUDINE
Écoute, je voudrais te demander une chose, tu ne vas pas te moquer de moi?...
VÉTHEUIL Pourquoi veux-tu que je me moque de toi?
CLAUDINE
Tu vas trouver cela absurde...
VÉTHEUIL Mais rien n'est absurde...
CLAUDINE
Eh bien, écoute: c'est très sérieux. Je voudrais que tous les soirs, à la même heure, nous regardions la même étoile, puisque je ne pourrai même pas t'écrire; alors, tous les soirs, à dix heures, si tu veux, nous regarderons. . je ne sais pas, moi... attends... la Grande Ourse... oui, c'est ça, la Grande Ourse, c'est la seule que je puisse reconnaître; les autres, je m'y embrouille.
C'est entendu, je te le promets.
Et alors, quand tu seras là-bas, dans des pays impossibles, je penserai que tu es là à regarder le même coin du ciel en même temps que moi... ce n'est pas grand'chose, mais c'est toujours ça!
VÉTHEUIL Oui, mais quand je serai là-bas, dans des pays impossibles, comme tu dis, il fera jour pour moi quand il fera nuit pour toi, et puis nous ne verrons pas les mêmes étoiles.
CLAUDINE Pourquoi ?
VÉTHEUIL Parce que de tous les points de la terre on ne voit pas la même partie du ciel; la terre, n'est-ce pas... Enfin, ce serait trop long à t'expliquer...
CLAUDINE
Tu es sûr? Alors, ça n'est pas juste, s'il ne nous reste même pas ça. Ah! mon Dieu, comme je vais être seule! Tu aurais mieux fait de ne rien me dire.
VÉTHEUIL C'est vrai, j'aurais dû te laisser croire...
CLAUDINE Écoute donc!...
On entend un bruit de grelots.