ACTE CINQUIÈME
RAVIER
Messieurs, l'exemple que nous offre ce couple n'est-il pas admirable ? Et devant des existences si bien remplies, devant ce labeur incessant, devant une telle compréhension de la vie, (se tournant vers Jamine) permettez-moi de boire. Madame, au commerce, (se tournant vers Prunier) Monsieur, à l'industrie!
TOUS Bravo! bravo!
Brouhaha. Pendant qu'on enlève les petites tables, tous ces gens se réunissent par groupes. Dans un coin, Claudine Rozay et Ruyseux.
RUYSEUX Eh bien, chère amie, qu'est-ce que vous dites de tout ça?
CLAUDINE
Il y a si longtemps que je n'ai entendu tant de bruit que je suis un peu abrutie. Tous ces gens-là, pour moi, ont l'air de fous, et leur gaieté ne m'amuse pas du tout; d'ailleurs, il faut tout dire, ils n'ont pas dû me trouver bien drôle non plus.
RUYSEUX
Allons donc! vous savez bien que vous êtes toujours la plus jolie.
Oh! oh!
Et la plus aimée.
Ça, je le crois.
CLAUDINE
RUYSEUX
CLAUDINE
RUYSEUX
Que voulez-vous ? nous ne sommes plus mondains, nous ne sommes plus bien Parisiens.
CLAUDINE Dieu vous entende!
Dans un autre coin, Ravier, Jamine, Grégeois, etc.
JAMINE, à Ra^der.
C'était charmant, vous savez, votre petit discours.
PRUNIER Charmant! J'en ai été très touché!
RAVIER Je n'ai dit que la vérité.
MADAME SORBIER
Absolument! Le souper a été très gai... on s'est beaucoup amusé. D'ailleurs, vous avez arrangé cet hôtel avec un goût... C'est une très jolie crémaUlère!...
JAMINE Et vous savez, ça ne fait que commencer, j'ai l'intention de donner quelques fêtes cet hiver.
MADAME GRÉGEOIS Ce sera plus gai qu'avec l'ancienne propriétaire.
JAMINE
Oui, oui, je n'ai pas l'intention de vivre à l'écart comme Claudine Rozay; je donnerai des redoutes, des dîners à têtes...