‹ ThéâtreChapitre 89 sur 185 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

CLAUDINE

Douze cents lieues!,.. Asseyez-vous donc... Et par quel hasard êtes-vous ici?

Mais ce n'est pas un hasard. Oui, figurez-vous que, de retour à Paris, ma première pensée a été d'aUer vous voir, mais je n'ai pas osé.

CLAUDINE Pourquoi? Vous auriez pu... maintenant...

VÉTHEUIL

Eh bien, oui, mais je n'ai pas osé. Je suis allé voir Jamine, j'ai appris qu'elle demeurait maintenant ici, qu'elle avait acheté votre hôtel. Vous pensez si ça m'a donné un coup. J'ai cru qu'il était arrivé un malheur. J'ai couru chez Jamine qui m'a bredouillé un tas de choses auxquelles je n'ai d'ailleurs rien compris, si ce n'est qu'elle pendait la crémaillère aujourd'hui, qu'il y avait une grande fête chez elle à laquelle vous étiez naturellement invitée, et que ce serait un excellent terrain pour vous rencontrer.

CLAUDINE Tiens, tiens! Elle ne m'avait rien dit de tout cola.

VÉTHEUIL

Elle craignait peut-être que, si vous étiez avertie, vous ne vinssiez pas.

CLAUDINE Pourquoi ça?

VÉTHEUIL

Je ne sais pas.

CLAUDINE, l'examinant.

Vous avez un peu vieilli... Dites donc, il y a pas mal de cheveux blancs dans tout ça...

C'est que j'ai souffert beaucoup et de toutes façons... C'est la suite des fatigues, des privations de toutes sortes... dont la plus douloureuse était de vous!

CLAUDINE C'est vrai?

VÉTHEUIL Ah! oui! vous étiez bien entrée dans mon coeur... C'a été dur d'être séparé de vous...

CLAUDINE Alors, vous pensiez à moi?

VÉTHEUIL Profondément! Mais, vous, vous n'avez pas changé.

CLAUDINE Vous êtes trop aimable. Si, j'ai changé, j'ai quelques cheveux blancs, moi aussi; seulement, je me teins un peu; j'aime mieux vous le dire, sans ça vous croiriez que je n'ai pas eu de chagrin, et j'en ai eu, pourtant!

VÉTHEUIL Oh! ma chère Claudine!

Un silence.

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