‹ ThéâtreChapitre 115 sur 115 · V -V, LE PLUS VIEIL AVEUGLE · texte numérisé non relu

V -V, LE PLUS VIEIL AVEUGLE

■f'-" \y, Je ne sais pas pourquoi je le demande!... Il me 'jf semble que j'entends pleurer tout à coup parmi 2 'S nous!...

PREMIER AVEUGLE-NE

Il ne faut pas avoir peur ; je crois que c'est la folle...

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Il y a encore autre chose... Je suis sûr qu'il y a encore autre chose... Ce n'est pas de cela seul que j'ai peur...

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

Elle pleure toujours lorsqu'elle va allaiter son enfant.

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Il n'y a qu'elle qui pleure ainsi !

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

On dit qu'elle y voit encore par moments...

PREMIER AVEUGLE-NÉ

On n'entend pas pleurer les autres...

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Il faut voir pour pleurer...

LA JEUNE AVEUGLE

Je sens une odeur de fleurs autour de nous...

PREMIER AVEUGLE-NK.

Je ne sens que Todeur de la terre 1

LA JEUNE AVEUGLE

Il y a des fleurs, il y a des fleurs autour de nous!

DEUXIÈME AVEUGLH-NÉ,

Je ne sens que Todeur de la terre î

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

Pai senti des fleurs dans le vent...

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

Je ne sens que Todeur de la terre !

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Je crois qu^elles ont raison.

LE SIXIÈME AVEUGLE

Où sont-elles ? — Jlrai les cueillir.

LA JEUNE AVEUGLE

A votre droite^ levez-vous.

Le ajxiénie ■vfUgli? ae Iwe lentement et «avance i tâigiii,en«c Heurtant ttux buiuons et mx arbrett v«rs les aapliadt^leA qu'H renverM «i écnue fliu

LA JEUNE AVEUGLE

Pentends que vous brisez des tiges vertes!

Arrêtez-vous ! arrêtez-vous I

28o LES AVEUGLES

PREMIER AVEUGLE-NE

Ne VOUS occupez pas des fleurs, mais songez au retour !

LE SIXIÈME AVEUGLE

Je n^ose plus revenir sur mes pas !

LA JEUNE AVEUGLE

Il ne faut pas revenir ! — Attendez.— Eiie se lève. — Oh ! comme la terre est froide ! Il va geler. —

Elle s'avance sans hésitation vers les étranges et pâles asphodèles, mais elle est arrêtée par l'arbre renversé et les quartiers de roc, aux environs

des fleurs. — Elles sont ici ! — Je ne puis les atteindre ; elles sont de votre côté.

LE SIXIÈME AVEUGLE

Je croîs que je les cueille.

Il cueille, à tâtons, les fleurs épargnées, et les lui o£fre ; les oiseaux nocturnes s'envolent.

LA JEUNE AVEUGLE

Il me semble que j^ai vu ces fleurs autrefois... Je ne sais plus leur nom... Mais comme elles sont malades, et comme leur tige est molle ! Je ne les reconnais presque pas... Je crois que c^est la fleur des morts...

Elle tresse des asphodèles dans sa chevelure. LE PLUS VIEIL AVEUGLE.

J'entends le bruit de vos cheveux.

LA JEUNE AVEUGLE

Ce sont les fleurs.

2St^

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Nous ne VOUS verrons pas..*

LA JKUNE AVEUGLE.

Je ne me verrai pas non plus.*. J'ai froidp

En ce îQozneiLti le veat n'élèvs dama U farét, ti La ni£T mugît, tomà coup et violeranieat, contre ica-

Il toime i

DEUXIÈME AVEUGLE-NÉ. ^

Je crois que c'est une teinpête qui s'élève. ^

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

Je crois que c'est la mer,

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

La mer? — Est-ce que c^est la mer? — Mais elle est à deux pas de nous I ^ Elle est à côté de nous 1 Je l'entends tout autour de moi l — Il faut que ce soit autre chose !

LA JEUNE AVEUGLE

J'entends le bruit des vagues à mes pieds.

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Je croîs que c'est le vent dans les feuilles mortes*

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Je crois que les femmes ont raisoa.

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

Elle va venir ici !

PREMIER AVEUGLE-NÉ

D'où vient le vent ?

Il vient du côté de la mer.

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

11 vient toujours du côté de la mer ; elle nous entoure de tous côtés. Il ne peut pas venir d'autre part...

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Ne songeons plus à la mer!

DEUXIÈME AVEUGLE-NÉ

Mais il faut y songer puisqu'elle va nous atteindre!

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Vous ne savez pas si c'est elle...

DEUXIÈME AVEUGLE-NÉ

J'entends ses vagues comme si j'allais y tremper les deux mains ! Nous ne pouvons pas rester ici ! Elles sont peut-être autour de nous !

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Où voulez-vous aller ?

2Si

DEUXIÈME AVEUGLE-NÉ

N^importe où ! n'importe où ï Je ne veux plus entendre le bruit de ces eaux ! Allons- nous- en ! Allons-nous-en !

TROISIÈME AVEUGLE*Né.

Il me semble que j ^entends encore autre chose. — Ecoutez !

Oa entend un bruit de pSLW prtfcipitéi et loiatsiru^ daDa les feuilléa morlea.

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Quelque chose s'approche !

DEUXIÈME AVEUGLE-NÉ

Il vient î II vient ! Il revient !

I TROISIÈME AVEUGLE*NÉ

II vient à petits pas, comme un petit enfant I...

DEUXIÈME AVEUGLE-NÉ-

Ne lui faisons pas de reproches aujourd'hui t

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

Je crois que ce n*est pas le pas d'un homme !

Un graniJ chiea vntre dada la for^t, etpAtae d«7ant I les aveuglas, ^- Silence,

I PREMIER AVEUGLE-NÉ

Qui est -là ? — Qui êtes- vous ? — Ayez pitié de nous^ nous attendons depuis si longtemps!.»*

L« cbim l'arrête et rietit po^t lei ^tt«fl de détint aur \&t genoux de

r aveugle. Ah ! ah ! qu* avez- vous mis sur mes

o genoux? Qu'est-ce que c'est? Est-ce une bête?

'^^ ' — Je crois que c'est un chien ?... Oh ! oh ! c'est le

^* chien! c'est le chien^ de l'hospice ! Viens ici!

viens iciVlHtént nous délîvférî Viens ici ! viens

ici !

Viens ici ! viens ici !

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Il vient nous délivrer! Il a suivi nos traces jusqu'ici. Il me lèche les mains comme s'il me retrouvait après des siècles !

Viens ici ! viens ici !

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Il précède peut-être quelqu'un ?...

PREMIER AVEUGLE-NÉ

NoU; nou; il est seul. — Je n'entends rien venir. — Il ne nous faut pas d'autre guide ; il n'y en a pas de meilleur. II nous conduira partout où nous voulons aller ; il nous obéira...

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

Je n'ose pas le suivre.

Moi non plus.

PRECHER AVEUGLE-NÉ

Pourquoi pas ? Il y voit mieux que nous*

DEUXIÈME AVHUGLE-NK.

N'écoutons pas les femmes !

TROISIÈME AVEUGLE-PfÉ*

Quelque chose est changé dans le ciel; je respire librement] Tair est pur maintenant,.,

LA PLUS VIEILLE A\*EUGLE

C'est le vent de la mer qui passe autour de nous.

LE SIXIÈME AVEUGLE

Il me semble quMl va faire clair ; je crois que le soleil se lève,..

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

Je crois qu'il va faire froid»,,

PREM I ER A V EUGLE'N É .

Nous allonà retrouver notre route. H m'entraîne I,,, il m'entraîne. Il est ivre de joie! — Je ne peux plus le retenir!... Suivez-moi! suivez* moil Nous retournons à la maison !,*,

U «e lèvé, entTAÎtié pAt I? diïen qui le mène ven 1« {^râtre iniTnobile, ci s'arrâts.

Où êtes- vous ? Oîi êtes- vous ? — Où allez-vous ?

— Prenez garde i

PREMIER AVEUGLE-HÉ

Attendez! attendez ! Ne me suivez pas encore ; je reviendrai... Il s'arrête. — Qn^-^-t-il? — Ah 1 ah ! J'ai touché quelque chose de très froid i

DEUXIÈME AVEUGLE-NÉ

Que dites-vous? On n'entend presque plus votre voix-

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Pai touché !,., Je crois que Je touche un visage!

TROlSlâWir AVEUGLE-NÉ,

Que dites-vous? — On ne vous comprend presque plus. Qu'avez- vous ? — Où êtes- vous ? — Etes-vous déjà si loin de nous ?

Ohî oh! ohl ^ Je ne sais pas encore ce que c'est.,, — Il y a un mort aumiheu de nous !

Un mort au milieu de nous ? — Oii êtes-vous ? où êtes-vous ?

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Il y a un mort parmi nous^ vous dis-jeî Ohî oh ! j*ai touché le visage d'un mort ! — Vous êtes assis à côté d'un mort ! Il faut que Tun de nous soit mort subitement! Mais parlez donc^ enfin^ que je sache ceux qui vivent ! Oti ètes-vous ? — Répondez ! répond e2 tous ensemble l

Les aveugles répondent successivement, à l'exception de l'aveugle folle et de l'aveugle sourd; les. trois vieilles ont cessé leurs prières.

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Je ne distingue plus vos voix!... Vous parlez tous de même!... Elles tremblent toutes !

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

Il y en a deux qui n'ont pas répondu... Où sont-ils ?

Il touche de son bâton le cinquième aveugle. . LE CINQUIÈME AVEUGLE.

Oh ! oh ! J'étais endormi ; laissez-moi dormir !*

LE SDCIÈME AVEUGLE.

Ce n'est pas lui. — Est-ce la folle ?

Elle est.assise à côté de moi ; je l'entends vivre..

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Je crois... Je crois que c'est le prêtre ! — E est. debout ! Venez ! venez ! venez !

DEUXIÈME AVEUGLE-NÉ

Il n'est pas mort^ alors !

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Où est-il?

LE SIXIÈME AVEUGLE

.Allons voir!...

Ils se lèvent tous, à l'exception de la folle et du cinquième aveugle, et s'avancent, à tâtons, vers le mort.

DEUXIÈME AVEUGLE-NÉ

.Est-ir ici ? — Est-ce lui ?

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

Oui ! oui ! je le reconnais 1

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Mon Dieu! mon Dieu! Qu'allons-nous deveniir.

Mon père ! mon père ! — Est-ce vous ? mon père^ qu'est-il donc arrivé ? — Qu'avez-vous ? — ;Iiépondez-nous ! — Nous sommes tous autour de irons...

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Apportez de l'eau ; il vit peut-être encore...

DEUXIÈME AVEUGLE

Essayons.. -Il pourra peut-être nous reconduire -à rhospice.

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

Cest inutile.; je n'entends plus son cœur. — Il •est froid,..

fi

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Il est mort sans rien dire.

TROISIEME AVEUGLE-NÉ

Il aurait du nous prévenir,

DEUXrèME AVEUGLE-NÉ. "H

Oh ! comme il était vieux î..* Cest !a première fois que je touche son visage...

TROISIÈME AVEUGLE-NÉj ïâtsnUs euUTrt.

Il est plus grand que nous !„.

DEUXIEME AVEUGLE-NÉ

Ses yeux sont grands ouverts ; il est mort les mains joint es...

PREMIER AVEUGLE-NK.

Il est mort^ ainsi sans raison*..

DEUXIÈME AVEUGLK-NÉ.

Il n^est pas debout^ il est assis sur une pierre,..

LA PLUS VIEILLE AVKtJGLE.

Mon Dieu ! mon Dieu î Je ne savais pas tout cela!,., tout cela!,., 11 était malade depuis si longtemps... lia dû souffrir aujourd'hui!... — Il ne se plaignait pas*.. Il ne se plaignait qu^en nous serrant les mains.*. On ne comprend pas toujours.,. On ne comprend jamais!.,. Allons prier autour de lui; mettez-vous à genoux.,.

PREMIER AVEUGLE-NE

Je n'ose pas me mettre à genoux...

DEUXIÈME AVEUGLE-NÉ

On ne sait pas sur quoi Ton s'agenouille...

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

Etait-il malade ?... E ne nous Fa pas dit...

DEUXIÈME AVEUGLE-NÉ

Pai entendu qu'il parlait à voix basse en s'en allant... Je crois qu'il parlait à notre jeune sœur ; qu'a-t-ildit?

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Elle ne veut pas répondre.

DEUXIÈME AVEUGLE-NÉ

Vous ne voulez plus nous répondre? — Où donc êtes-vous ? — Parlez !

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

Vous l'avez trop fait souffrir ; vous l'avez fait mourir... vous ne vouliez plus avancer; vous vouliez vous asseoir sur les pierres de la route^ pour manger; vous avez murmuré tout le jour..» Je l'entendais soupirer... Il a perdu courage...

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Etait-il malade ? le saviez-vous ?

LH PLUS VIEIL AVEUGLE

Nous ne savions rien... Nous ne I^ avons jamais vu„. Quand donc avons-nous su quelque chose sous nos pauvres yeux morts?.,. Il ne se plaignait pas,,. Maintenant c^est trop tard... J'en ai vu mourir trois,,, mais jamais ainsi!». Maintenant c'est à notre tour,*.

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Ce n'est pas moi qui l'ai fait souffrir, — Je n'ai rien dit*..

DEUXIÈME AVE0GLE-NE-

Moi non plus; nous l'avons suivi sans rien dire...

TROISIÈME AVHUGLE-NK-

II est mort en allant chercher de l'eau pour la folle,..

PREMIER AVEUGLE- Né.

Qu ^allons-nous faire ? Où irons- nous ?

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

Où est le chien ?

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Ici; il ne veut pas s'éloigner du mort.

THOISIÈME AVEUGLE-NÉ.

Entraînez-le ! Ecartez-le ! écartez-le ! ^

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Il ne veut pas quitter le mort !

DEUXIÈME AVEUGLE-NÉ

Nous ne pouvons pas attendre à côté d'un mort!... Nous ne pouvons pas mourir ici dans les ténèbres !

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

Restons ensemble; ne nous écartons pas les uns des autres; tenons-nous par la main; asseyons- nous tous sur cette pierre... Où sont les autres?... Venez ici! venez! venez!

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Où êtes-vous ?

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

Ici ; je suis ici. Sommes-nous tous réunis ? — Venez plus près de moi. — Où sont vos mains ? — Il fait très froid.

LA JEUNE AVEUGLE

Oh ! comme vos mains sont froides !

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

Que faites- Vous ?

LA JEUNE AVEUGLE

Je mettais les mains sur mes yeux ; je croyais que j'allais y voir tout à coup...

A«4«Sf- — ^^^^••«^

LKS AVEUGLÉ

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Qui est*ce qui pleure ainsi?

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

C'est la folle qui sanglote.

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Elle ne sait pas la vérité ?

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Je crois que nous allons mourir ici. ••

LA PLUS VIEILLE AVHUGLK-

Quelqu'un viendra peut-être...

PHEMIER AVEUGLE-NK.

Je pense que les religieuses sortiront de Thospice-*,

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

Elles ne sortent pas le soir,

LA JEUN'E AVEirGLE.

Elles ne sortent jamais.

DEUXIÈME AVKUGLE-NÉ»

Je pense que les hommes du grand phare noua apercevront.**

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Ils ne descendent pas de leur tour.

TROISIÈME AVKUGLE-NÉ.

Ds nous verront peut-être...

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

Ils regardent toujours du côté de la mer.

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

Il fait froid!

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Ecoutez les feuilles mortes ; je crois qu^il gèle.

LA JEUNE AVEUGLE

Oh ! comme la terre est dure !

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

J'entends, à ma gauche^ un bruit que je ne comprends pas...

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

C'est la mer qui gémit contre les rochers.

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

Je croyais que c'étaient les femmes.

J'entends les glaçons se briser sous les vagues...

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Qui est-ce qui grelotte ainsi? Il nous fait trembler tous sur la pierre !

DEUXIÈME AVEUGLE-NÉ

Je ne puis plus ouvrir les mains.

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Pentends encore un bruit que je ne comprends pas...

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Qui est-ce qui grelotte ainsi parmi nous? Il fait trembler la pierre !

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Je crois que c'est une femme.

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

Je crois que c'est la folle qui grelotte le plus fort.

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

On n'entend pas son enfant.

Je crois qu'il tette encore.

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Il est le seul qui puisse voir où nous sommes !

PREMIER AVEUGLE-NÉ

J'entends le vent du Nord.

LE SIXIÈME AVEUGLE

Je crois qu'il n'y a plus d'étoiles ; il va neiger.

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

Si l'un de nous s'endort, il faut qu'on le réveille.

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Jai sommeil cependant!

Une rafale fait tourbillonner les feuilles mortes. LA JEUNE AVEUGLE.

Entendez-vous les feuilles mortes ? — Je crois que quelqu^un vient vers nous...

DEUXIÈME AVEUGLE-NÉ

C^est le vent ; écoutez !

TROISIÈME AVEUGLE-NÉ

D ne viendra plus personne !

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Les grands froids vont venir...

LA JEUNE AVEUGLE

J'entends marcher dans le lointain.

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Je n'entends que les feuilles mortes !

LA JEUNE AVEUGLE

J'entends marcher très loin de nous!

DEUXIÈME AVEUGLE-NÉ

Je n'entends que le vent du Nord !

LA JEUNE AVEUGLE

Je vous dis que quelqu'un vient vers nous !

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

Pentends un bruit de pas très lents...

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Je crois que les femmes ont raison !

Il commence à neigera gros flocons.

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Oh 1 oh ! qu'est-ce qui tombe de si froid sur mes mains ?

SIXIÈME AVEUGLE

Il neige !

PREMIER AVEUGLE-NÉ

Serrons-nous les uns contre les autres!

LA JEUNE AVEUGLE

Ecoutez-donc le bruit des pas!

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

Pour Dieu ! faites silence un instant!

LA JEUNE AVEUGLE

Ils se rapprochent! ils se rapprochent! écoutezdonc!

Ici l'enfant de l'aveugle folle se met à vagir subitement dans les ténèbres.

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

L'enfant pleure ?

LA JEUXE AVEXSGLK.

Il voit! il voit ! Il faut qu'il voie qudque chose

puisqu'il pleure. EUe aaîst resCut dam ses Iikm ctiTavance dans la directû» d'où fcmble Tcmr le bmit des p«s; les antres Cemnes la •uJTe&t aaxietsaexotnt et l'entourent. Je Vaîs à Sa renOOntre !

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Prenez garde!

Oh ! comme il pleure! — Qu'y a-t-il ? — Ne pleure pas. — N'aie pas peur ; il n'y a rien à craindre^ nous sommes ici ; nous sommes autour de toi. — Que vob-tu ? — Ne crains rien. — Ne pleure pas ainsi ! Que vois-tu ? — Dis^ que voistu?

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

Le bruit des pas se rapproche par ici ; écoutez donc î écoutez donc !

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Pentends le frôlement d'une robe contre les feuilles mortes.

LE SIXIÈME AVEUGLE

Est-ce une femme ?

LE PLUS VIEIL AVEUGLE

Est-ce que c'est un bruit de pas ?

PREMIER AVEUGLE-NÉ

C'est peut-être la mer dans les feuilles mortes?

LA JEUNE AVEU&LE

Non, non ! ce sont des pas ï ce sont des pas ! ce sont des pas !

Nous allons le savoir ; écoutez donc les feuilles mortes 1

LA JEUNE AVEUGLE

Je les entends, je les entends presque à côté de nous! écouter î écoutez! — Que vois-tu? Que vois- tu ?

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

De quel côté regarde-t-il ?

LA JEUNE AVEUGLE

Il suit toujours le bniît des pas ! — Regardez ! regardez! Quand je le tourne il se retourne pour voir..* Il voit! il voit! il voit! — Il faut qu'il voie quelque chose d'étrange !...

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE^ elle s'avance.

Elevez-le au-dessus de nous^ afin qu'il puisse voir,

LA JEUNE AVEUGLE-

Ecartez-vous ! écartez-vous ! m\e #iève i cafant au «jtsaui {lu çraupç d'aveufiefl. - — Les pas se sont arrctés parmi nous!-**

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

Ils sont ici l Ils sont au milieu de nous L,.

Quiêtes-vous?

Silence.

LA PLUS VIEILLE AVEUGLE

Ayez pitié de nous !

Silence. — L'enfant pleure plos désespérément.

FIN

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