‹ ThéâtreChapitre 2 sur 115 · RUE DE LILLE, 7 PARIS VII · texte numérisé non relu

RUE DE LILLE, 7 PARIS VII

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Préface.

Le texte de ces petits drames que mon éditeur réunit aujourdlmi en trois %^o]umes, n/a guère été modifié- Ce n'est point qu'ils me semblent parfaits, il s'en faut bien, mais on n'améliore pas un poème pan des coiTections successives. Le meilleur et le pire y confondent leurs racines, et souvent, à tenter de les démêler, on perdrait V émotion particulière et le charme léger et presque inattendu, qui ne pouvaient fleurir qu'à Tûmbre d'une faute qui n'avait pas encore été commise.

Il eùtj par exemple, été facile de supprimer dans la PrmcesBe Makine beaucoup de naïve-

PRÉFACE

tés dangereuses, quelques scènes inutiles et la plupart de ces répétitions étonnées qui donnent aux personnages l'apparence de somnambules un peu sourds constamment arrachés à un songe pénible. J'aurais pu leur épargner ainsi quelques sourires, mais l'atmosphère et le paysage même où ils vivent en eût para changé. Du reste ce manque de'^ promptitude à entendre et à répondre, tient intimement à leur psychologie et à l'idée un peu hagarde qu'ils se font de l'univers* On peut ne pas approuver cette idée, on peut aussi y revenir après avoir parcouru bien des certitudes. Un poète plus âgé que je n'étais alors et qui reiit accueillie, non pas à rentrée mais à la sortie de rexpêrience de la vie, aurait su transformer eu sagesse et en beautés solides, les fatalités trop confuséSt qui s'y agitent. Mais telle quelle, l'idée anime tout le drame et il serait impossible de i' éclairer davantage sans enlever à celui-ci la seule qualité qu'il possède : une certa[ne harmonie épouvan té^ et sombre.

PREFACE

Les autres drames dans Tordre où ils parurent, à savoir; L'IniniSGj ks Aveugles (1890), les Sept Princesses (189 1), Pelléas et Mélisands (î8g2)^ AUadine et Palomides^ Intérieiir et la Mort dQ Tintagiks (1894) présentent une humanité et des sentiments plus précis, en proie à des forces aussi inconnues, mais un peu mieux dessinées. On y a foi à d'énormes puissances^ invisibles et fatales, dont nul ne sait les intentions, mais que T esprit du drame suppose malveillantes, attentives à toutes nos actions, liostiles au sourire, à la \ie, à la paix^ au bonheur. Des destinées innocentes mais involontairement ennemies, s'y nouent et s'y dénouent pour la mine de tous, sous les regards attristés des plus sages, jjui prévo ient Tavenir mais it e peuvent rien changer aux je ux giiels et inflexi b les que ram our et l a mort proi mènent pa rmi les vivants . Et l'amour et la moit et les autres puissances y exercent

PREFACE

une sorte il*iojustice sournoise, dont les peines — car cette itijustîce ne récompense paSj — ne sont peut-être que des caprices du destin- Au fond, on y trouve l'idée du Dieu chrétien, mêlée à celle de la fatalité antique, refoulée dans la nuit impénétrable de la nature^ et, de là^ se plaisant à guetter, à déconcerter, à assombrir les projets, les pensées, les sentiments et l' humble félicité des hommes.

Cet i nconnu pren d le plus souve nt la fo rma de la mort . La présence infinie ^ ténebreusej liYpocritement act i ve de la mort remplit toi isles interstices d u poèm o. Au problème de Texiistence il n'est répondu que par Ténigme^ de son anéantissement. Du reste, c'est une mort indifférente et inexorable, aveugle, tâtonnant à peu près au hasard, emportant

de preff^rpiTTf^ ]q^ p1n<^ jpnrtf^pf f-f Jptîjmrirne:.

malheureux, simplement parce qu'ils se tieur

dis.

nent moins tranquilles que les plusjnisérableSj et que tout mouvement trop brusque dans la nuit at ti re son attention . Il n'y a autour d'elle que de petits êtres fragiles, grelottants, passivement pensifs, et les paroles prononcées, les larmes répandues ne prennent d'importance que de ce qu'elles tombent dans le gouffre au bord duquel se joue le drame et y retentissent d'une certaine façon qui donne à croire que Tabîme est très vaste parce que tout ce qui s'y va perdre y fait un bruit confus et assourdi.

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