‹ ThéatreChapitre 2 sur 40 · AU LECTEUR, PAR MICHEL CERVANTES · texte numérisé non relu

AU LECTEUR, PAR MICHEL CERVANTES

Je le supplie, très-cher lecteur, de me pardonner si dans ce prologue j'abandonne quelque chose de ma modestie accoutumée. Ces jours passés je me trouvai dans une société d'amis où l'on traita de la comédie et des choses qui la concernent, et ils subtilisèrent si bien la matière, qu'à mon sens ils la portèrent à toute sa perfection. On discuta aussi quel fut le premier qui, en Espagne, sortit cet art de ses langes et le vêtit de ses magnifiques habits. Moi, comme le plus vieux de ceux qui étaient là, je dis que je me souvenais d'avoir vu jouer le grand Lope de Rueda, homme insigne comme acteur et comme intelligence. 11 était né à Séville, et de son métier batteur d'or. Il fut admirable dans la poésie pastorale, et, ni avant ni après lui, personne ne l'a surpassé. Quoique, étant alors un enfant, je ne pusse avoir une opinion bien juste sur les mérites de ses vers, les quelques-uns qui me restent en mémoire, revus aujourd'hui que je suis d'un âge mûr, me confirment l'exactitude de ce que j'ai avancé. Si je ne craignais de sortir de la matière d'un prologue, je citerais ici quelques-uns de ces vers qui prouveraient cette vérité. Au temps de ce célèbre Espagnol, tout

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