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Littéralement : Hecho de azogue : fait de mercure

REPULiDA. Je meurs d'envie de le voir à l'œuvre. LE MUSICIEN. Attention, vous autres !

CHiQuizNAQUE. Nous sommes prêts !

(Ils chantent.)

« Le vaillant Escarraman est sorti des galères pour la a terreur de la justice et pour le bien de son mal. 11 revient « montrer au monde son heureuse habileté, sa légèreté, « son entrain et sa royale présence. Puisque la Coscolina « nous manque, que la Repulida la remplace, plus parfu- « mée que la fleur d'oranger, et pendant que la Pizpita « sans égale s'apprête à prendre son essor, qu'Escarraman « nous montre le pas de la Gaillarde ! »

(On joue la Gaillarde, et Escarraman la danse. Puis on change le pas et la romance continue.)

a La Repulida commence avec sa vigueur à raser la terre. « Elle fut la première à nous montrer ce pas. Escarraman « raccompagne, la Pizpita est à sa hauteur, ainsi que Chi- « quiznaque, la Mostrenca et l'amoureux Juan Claros. Vive « Dieu! que de perles ! On ne peut désirer plus de légèreté « ou plus de grâce, plus d'assurance et plus de mesure. A « lui, mon fils f à luit On ne peut chanter des nymphes ni « des bohèmes qui nous puissent égaler. 0 quels égarements « de mains ! comme on se fuit et comme on se rejoint ! 0 quels « labyrinthes d'où on sort et où on entre. Changez la danse « à votre caprice; je saurai vous accompagner ou le Canario, a ou les Gambitas^ ou la Villageoise, la Zarabande, la Zama- « pulo, ou bien le Roi don Alfonso el Biieno , gloire des <i temps anciens. »

ESCARRAMAN, Jouez le Cancivio. Je ne veux danser que cela.

LE MUSICIEN. Je le jouerai d'argent, et tu le danseras d'or.

(Il joue le Canario, cL Escarraman danse seul. Après avoir dansé il dit :)

ESCARRAMAN. Dausous le Villano dans toute sa pureté,

TRAMPAGOS. â87

avec Poignon et le pain, et accompagnez-moi tous les trois. LE MUSICIEN. Que Saint Jean te bénisse I

(Ils dansent le Villano. Ensuite Escarraman demandera le pas qui lui convient, et Trampagos.dira :)

TRAMPAGOS. Mcs HOCGs Ont été Célébrées mieux que celles de Roland. Que tous disent avec moi : Vive Escarraman I TOUS. Viva ! viva !

LE

INTERMÈDE

(Entrent le juge et deux autres personnages, qui sont le greffier et le procureur. Le juge s'assied. — Entrent un petit vieillard et sa femme, Mariana.)

MARiANA. Puisque voici le seigneur juge des divorces assis sur le siège de son audience, il faut que cette fois je sois dehors ou dedans, et libre comme l'épervier.

LE MARI. Pour l'amour de Dieu , Mariana, n'enfarine pas tant ton affaire. Parle vite, par la passion que Dieu souffrit! Remarque que tu étourdis tout le voisinage avec tes cris ; et puisque tu es devant le seigneur juge, tu peux lui raconter ta cause avec moins de fracas.

LE JUGE. Quel procès avez-vous, bonnes gens?

MARIANA. Seigneur, divorce 1 divorce! et encore divorce l et mille fois encore divorce !

LE JUGE. Avec qui? et pourquoi, sefiora?

MARIANA. Avec qui ? avec ce vieux qui est ici présent.

LE JUGE. Pourquoi?

MARIANA. Parce que je ne puis souffrir ses impertinences,

et rester toujours à soigner ses infirmités qui sont sans nombre. Mes parents ne m'ont pas élevée pour être sœur d'hôpital ni infirmière. J'ai apporté une bonne dot à ce squelette, qui consume les jours de ma vie. Quand j'entrai en son pouvoir, mon visage était reluisant comme un miroir, et maintenant il ressemble à une toile à torchon. Démariezmoi, seigneur juge, si vous ne voulez pas que je me pende. Voyez, voyez les sillons creusés sur mes joues par les pleurs que je verse chaque jour^ me voyant mariée à cette anatomiel

LE JUGE. Ne pleurez pas, senora, baissez la voix, retenez vos larmes, je vous ferai justice.

MARiANA. Laissez-moi parler, cela me soulage. Dans les royaumes et dans les républiques bien ordonnées, on devrait limiter le temps des mariages , et de trois en trois ans les casser ou les confirmer de nouveau, comme les clauses d'un bail, et ne pas les faire durer toute la vie, pour l'éternelle douleur des deux parties.

LE JUGE. Si cet abitrage pouvait ou devait se pratiquer, et pour de l'argent, ce serait déjà fait. Mais spécifiez davantage, senora, les circonstances qui vous poussent à demander le divorce.

MARIANA. L'hiver de mon mari et le printemps de mon âge, l'ennui de m'é veiller, de me lever au milieu de la nuit, afin de chauffer les linges et les petits sacs de son que je lui place sur le ventre , de lui poser telle ou telle ligature (puissé-je le voir lier lui-même à un poteau par les mains de la justicl), de lui relever ses oreillers et de lui donner des sirops lenitifs qui l'empêchent d'étouffer ; enfin la mauvaise odeur qu'exhale sa bouche à trois portées d'arquebuse.

LR GREFFIER. Cela doit venir d'une dent gâtée.

LE MARI. Cela n'est pas; je n'ai pas une dent dans la bouche.

LE PROCUREUR. Il y a une loi qui dit (on nie Fa affirmé) que, pour la mauvaise odeur de la bouche^ on peut séparer la femme du mari et le mari de la femme.

LE MARï. En vérité, messieurs, cette mauvaise odeur dont elle plaint ne peut venir de mes dents gâtées, puisque je n'ai point de dents , encore moins de mon estomac, qui est des plus sains, mais bien de la méchanceté de son cœur. Vos Seigneuries connaissent mal cette femme, et si elles la connaissaient, elles la condamneraient au jeûne, ou elles la feraient corriger. Il y a vingt-deux ans que je vis martyr avec elle sans avoir jamais dénoncé ses insolences, ses cris et ses caprices, et, depuis deux ans, elle me donne des poussées et me bat à me tuer. A force de crier, elle m'étourdit ; à force de me quereller, elle me rend fou. Si elle me soigne, comme elle le dit, elle me soigne à rebrousse-poil. En somme, seigneurs, c'est moi qui meurs sous sa domination; c'est elle qui vit sous la mienne; elle est maîtresse absolue de tout ce que je possède.

MARiANA. Et que possédez-vous ? ce que vous avez gagné avec l'argent de ma dot. J'ai droit à la moitié des acquêts de la communauté, quoique cela vous fâche, et si, aujourd'hui, je venais à mourir, je ne vous laisserais pas la valeur d'un maravédi, pour que vous connaissiez l'amour que j'ai pour vous.

LE JUGE. Dites, seigneur, quand vous entrâtes sous la puissance de votre femme, n'y entrâtes-vous pas gaillard, sain et en bonne condition ?

LE MARI. J'ai déjà dit qu'il y a vingt-deux ans que j'y entrai comme on entre chez un garde-chiourme calabrais, pour ramer par force dans une galère. J'y entrai aussi sain qu'un enfant.

MARiANA. Tamis nouveau, on le pend trois jours au clou K

LE JUGE. Taisez-vous , et allez avec Dieu ! Je ne trouve aucune raison pour prononcer votre divorce. Et puisque vous avez mangé d'abord votre pain blanc, mangez le noir maintenant. Un mari n'est pas obligé d'avoir la vivacité du temps. Décomptez les mauvais jours qu'il vous donne aujourd'hui des bons qu'il vous donna quand il le pouvait, et ne répliquez pas.

LE MARI. S'il était possible, je serais très-heureux que Votre Grâce me débarrassât de cet esclavage, parce qu'en me laissant comme je suis, étant déjà venu à cette rupture, ce sera me livrer encore au bourreau qui me martyrise. Enfermez -la dans un couvent et moi dans un autre; partageons notre bien, et, de cette manière, nous pourrons consacrer en paix au service de Dieu ce qui nous reste à vivre.

MARIANA. Malepeste! je suis trop gentille pour être enfermée , réduite à l'état de petite fille, amie des jalousies , des tours et des judas. Enfermez-vous, vous pourrez le supporter et le souffrir, vous qui n'avez plus d'yeux pour voir, d'ouïe pour entendre, de jambes pour marcher, de mains pour toucher. Moi, je suis bien portante, avec mes cinq sens complets et vivants; je veux en user maintenant, et non par compas et mesure.

LE GREFFIER. La femuiB est libre.

LE PROCUREUR. Et le mari est prudent. Pourtant, il n'en peut mais.

LE JUGE. Enfin, je ne puis prononcer ce divorce.

(Entrent un soldat bien parc et sa femme, do5a Guiomar.) 1. Cedaccco nuevo très dias en estaca.

DoNA GuiOMAR. QuG Dieu soit béni , puisqu'il a accompli le désir que je formais de me voir en la présence de Votre Grâce, que je supplie avec instance de rompre mon mariage avec cet homme.

LE JUGE. Pourquoi cet homme ? n'a-t-il pas un autre

nom? Il serait bon de me dire au moins quel est cet homme !

DORA GUIOMAR. Si C'était un homme, je ne demanderais pas le divorce.

LE JUGE. Qu'est-ce donc?

DoNA GUIOMAR. Uu morceau de bois!

LE SOLDAT, à part. Pardieu ! je veux être un morceau de de bois en me taisant et en ne me défendant pas et ne contredisant pas cette femme, parce que le juge inchnera à me condamner, et, pensant qu'il me punit, il me tirera de captivité comme si, par miracle, un esclave sortait des bagnes de Tétouan.

LE PROCUREUR. Parlez avec mesure, senora; relatez votre affaire sans outrages à votre mari. Le seigneur juge des divorces est là devant vous; il avisera à vous rendre justice.

DORA GUIOMAR. Enfin Vos Seigneuries ne veulent pas que j'appelle morceau de bois cette statue qui n'a pas plus de mouvement qu'une poutre.

LE SOLDAT. Cette femme et moi, nous nous plaignons sans doute pour la même cause.

DORA GUIOMAR. Je dis enfin, seigneur, qu'ils me marièrent avec cet homme, puisque vous voulez que je le nomme ainsi; mais ce n'est pas avec cet homme que moi je me mariai.

LE JUGE. Qu'est cela? je ne vous comprends pas.

DORA GUIOMAR. Je vcux dire que je pensai me marier avec un homme agissant et courant , et qu'au bout de quelques

jours je découvris que j'avais épousé un morceau de bois, je le répète, parce qu'il ne sait pas reconnaître sa main droite, et qu'il ne sait pas trouver un réal pour aider à sustenter sa maison et sa famille. Les matinées, il les passe à entendre la messe, ou planté sur ses jambes à la porte de Guadalaxara, à médire, à apprendre des nouvelles, écoutant et disant des mensonges. L'après-midi, et même le matin, il court les maisons de jeu, et là il sert de compère aux badauds qui, selon ce que j'ai ouï dire, sont des gens qui ont horreur de coucher entre deux draps. A deux heures après midi, il vient manger sans qu'ils lui aient donné un réal pour sa peine, parce que, dans ces endroits-là, ce n'est pas l'usage. Il s'en retourne , il rentre à minuit. 11 soupe, s'il trouve de quoi souper, sinon il fait le signe de la croix, il bâille et il se couche, et toute la nuit il ne repose pas et se retourne dans son lit. Je lui demande ce qu'il a; il me répond qu'il compose de mémoire un sonnet pour un ami qui le lui a demandé, et il donne dans la poésie, comme si c'était un métier pour subvenir aux nécessités de la vie.

LE SOLDAT. Madame dona Guiomar, dans tout ce qu'elle a dit, n'est pas sortie des limites de la raison, et, si je n'étais pas aussi raisonnable dans mes actions qu'elle l'est dans ses paroles, j'aurais gagné de ci et de là quelque petite chose, je lui aurais donné la satisfaction de voir son mari comme on en voit beaucoup d'autres, avec une baguette en main et sur une mule de louage, petite, sèche et malicieuse, sans garçon d'écurie qui l'accompagne, parce que ces mules-là ne se louent jamais que lorsqu'elles sont rétives. Ces gaillards s'en vont un bissac sur le dos de leur mule, contenant d'un côte un col et une chemise, et, de l'autre, un demi -fromage, du pain et une bouteille, sans ajouter au bagage autre chose qu'une paire de guêtres et un seul éperon, et avec une dépêche et une démangeaison sur la poitrine, ils sortent en

toute vitesse par le pont de Tolède, malgré leur amour pour le repos, et au bout de quelques jours ils envoient à la maison quelque jambon gras et quelques aunes de toile écrue, enfin des choses qui s'échangent dans les bourgades voisines, et avec cela ils soutiennent la maison de leur mieux. Mais moi, qui n'ai pas d'état et qui ne sais que faire parce que je ne trouve pas une personne qui veuille se servir de moi, par la raison que je suis marié, je me trouve forcé de vous supplier , seigneur juge, puisque les gentilshommes pauvres sont si ennuyeux, et que ma femme le demande, de vouloir bien nous séparer.

DONA omoMAR. Et il y a plus encore, seigneur juge; comme je vois que mon mari souiï're de la nécessité, je me tue pour y porter remède; je ne puis cependant y arriver, parce que -je suis femme de bien et que je ne veux pas m'avilir.

LE SOLDAT. Pour Cela seul cette femme mériterait d'être aimée. Pourtant, sous ce point d'honneur, elle cache la plus mauvaise nature de la terre. Elle est jalouse sans motifs; elle crie sans savoir pourquoi; elle est dépensière sans fortune, et comme elle me voit pauvre elle me méprise. Et ce qu'il y a de pis, seigneur juge, c'est qu'elle prétend qu'en échange de la fidélité qu'elle me garde, je souffre ses impertinences et sa mauvaise humeur.

DoKA GuioMAR. Et pourquoi pas ? Pourquoi ne me gardezvous pas le décorum et le respect, étant bonne comme je le suis?

LE SOLDAT. Écoutcz, scfiora dofia Guiomar. Ici, devant ces messieurs, je veux vous dire ceci: Pourquoi vous reprochezvous votre bonté, puisque vous êtes obligée d'ctre bonne étant née de si bons parents; vous êtes chrétienne, et vous vous devez cela à vous-même. Il est convenable que les maris aiment et respectent leurs femmes quand elles sont chastes et honnêtes, mais en ce point ne consiste pas toute

leur perfection, et cela n'empêche point de voir le déversoir par où s'échappent les mille vertus qui leur manquent. Que me fait à moi que vous soyez chaste vis-à-vis de vousmême? mais cela me fait beaucoup si vous empêchez que votre servante le soit, et si vous avez toujours le visage renversé, si vous êtes ennuyée, jalouse, prodigue, aimant à dormir, paresseuse, disputant, grognant, avec mille autres impertinences de cette espèce qui suffisent pour abréger les jours de deux cents maris. Avec tout cela, seigneur juge, je dis que madame doua Guiomar n'a aucun de ces défauts, et je confesse que je suis le morceau de bois, l'incapable, le paresseux, et que comme mesure de bon gouvernement Votre Grâce doit nous séparer, que je n'ai rien à alléguer contre ce que ma femme a dit, que je regarde le procès comme fini et que je serai heureux d'être condamné.

doka GUIOMAR. Que pourrait -on répondre à ce que j'ai avancé? Que vous ne me donnez pas à manger, ni à moi, ni à votre servante; il n'y en a qu'une pourtant, et c'est un avorton qui mange comme une mouche.

LE GREFFIER. Galmoz-vous, voicl de nouveaux plaideurs.

(Entre un homme vêtu en médecin-chirurgien, accompagné de sa femme, Aldonza de Minjaca.)

LE MÉDECIN. Pour quatro motifs suffisants je viens vous demander, seigneur juge, de prononcer le divorce entre moi et la seûora doua Aldonza de Minjaca, ma femme, ici présente.

LE JUGE. Vous venez bien résolu; dites les quatre motifs.

LE MÉDECIN. Le premier, c'est que je ne puis la voir qu'à tous les diables; le second, elle le connaît; le troisième, je ne veux pas le dire; le quatrième, c'est pour que Satan ne m'enlève pas au jour de ma mort, si je dois rester en cette compagnie jusqu'à ce moment.

LE PROCUREUR. Il a Suffisamment motivé sa demande.

LA FEMME. SeigneuF juge, écoutez-moi, et sachez que si mon mari sollicite le divorce pour quatre motifs, je le réclame, moi, pour quatre cents. Le premier, c'est que chaque, fois que je le vois, je crois que je vois le diable lui-même; le second, c'est que je fus trompée quand je l'épousai. Il me disait qu'il était médecin, et il est chirurgien, un homme qui fait des ligatures et qui soigne des infirmités, ce qui revient à dire qu'il est tout au plus la moitié d'un médecin. Le troisième motif, c'est qu'il est jaloux de l'air qui me touche; le quatrième, c'est que je ne puis le voir, et que je voudrais en être séparée par deux millions de lieues.

LE GREFFIER. Qui arrivera à faire marcher ensemble ces deux horloges, les ressorts en étant aussi détraqués ?

LA FEMME. Lo cinquièmo motif...

LE JUGE. Madame, madame! si vous prétendez dire ici vos quatre cents raisons, je ne puis les écouter, je n'en ai pas le temps; je garde votre affaire pour l'instruire; allez en paix, j'en ai d'autres à dépêcher.

LE MÉDECIN. Quello autro preuve voulez-vous, si ce n'est que je ne veux pas mourir avec elle, et qu'elle ne veut pas vivre avec moi ?

LE JUGE. Si cela suffisait pour séparer les gens mariés, tout le monde ôterait de ses épaules le joug du mariage.

(Entre un portefaix avec un bonnet déchiré,)

LE PORTEFAIX. Seigucur juge, je suis portefaix, je ne le nie pas, mais pourtant vieux chrétien et homme de bien par force; et si ce n'était pas que parfois je prends un peu de vin, ou que le vin me prend un peu, il est certain que je serais déjà syndic de la confrérie des frères de la charge. Mais laissons cela de côté, parce qu'il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet. Je veux que le seigneur juge sache qu'étant un jour indisposé des éblouissements de Bacchus, je promis de me marier avec une femme sans mœurs; revenu à la raison,

j'accompHs ma promesse, et je me mariai avec cette créature, que j'enlevai au péché. Je l'établis au marché. Elle est si hautaine et de si mauvaise humeur, que personne ne vient à sa boutique sans batailler avec elle sur le faux poids; parfois à ceux qui veulent lui acheter des fruits, elle en donne deux pour trois, et elle se dispute en les injuriant jusqu'à la quatrième génération, sans laisser de trêve au caquet de ses voisines. Il me faut tout le jour tenir mon épée plus luisante qu'un sacabute * pour la défendre, et nous ne gagnons pas de quoi payer les amendes pour les faux poids et pour les procès. Je désirerais être séparé d'elle, ou qu'au moins on pût changer son caractère emporté en un plus sage, et je vous promets ma protection pour vous faire porter tout le charbon que vous achèterez cet été, car je suis tout-puissant auprès des confrères de l'épaule.

LE MÉDECIN. Jc connais la femme de ce brave homme. Elle est méchante comme mon Aldonza, sur laquelle il est impossible de renchérir.

LE JUGE. Voyez, messieurs; bien que plusieurs de ceux qui sont ici aient fourni quelques raisons qui peuvent entraîner le divorce, il faut que tout cela soit constaté par écrit, il faut entendre les témoins. Ainsi je vous admets tous à faire la preuve. Mais qu'est ceci? C'est une grande nouveauté.

(Entrent deux musiciens.)

UN MUSICIEN. Seigneur juge, ces deux époux si brouillés que vous avez réconciliés et pacifiés l'autre jour vous attendent à leur logis, où se donne une grande fête. Ils nous envoient pour vous supplier de vouloir bien les honorer de votre présence.

LE JUGE. Je le ferai de grand cœur, et plaise à Dieu que

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