PROLOGUE
coulisses, les nuages, le tonnerre, les éclairs, les défis et les batailles. Pourtant il ne s'éleva pas au point où l'on est arrivé aujourd'hui (cela est une vérité que je ne puis contredire, et ici il me faut sortir des limites de ma modestie). Ce progrès se m-anifesta quand on représenta sur le théâtre de Madrid los Tratos de Argel, de ma composition; la Destruction de Numance et la Bataille navale, où je me hasardai à réduire à trois journées au lieu de cinq les comédies. Je montrai, ou pour mieux dire je fus le premier à traduire les imagina- , lions et les pensées cachées au fond de l'âme, mettant des caractères au théâtre au grand applaudissement des auditeurs. Je composai dans ce temps jusqu'à vingt ou trente comédies, qui toutes furent jouées sans qu'on leur jetât des concombres ou autres projectiles. Elles firent leur carrière sans sifflets, sans clameurs et sans confusion. Je trouvai d'autres occupations, je laissai la plume et les comédies, et parut alors le prodige de nature, le grand Lope de Vega, qui s'éleva à la monarchie de la comédie, rangeant sous ses lois tous les acteurs. Il remplit le monde de comédies naturelles, heureuses et pleines de raison, et si nombreuses qu'elles passent dix mille feuilles; et toutes il les a vu représenter ou entendu dire au moins qu'elles ont été représentées. Et s'il est quelques auteurs (et il y en a beaucoup) qui ont voulu lui disputer sa gloire, tous ensemble n'arrivent pas, avec ce qu'ils ont écrit, à la moitié de ce que seul il a produit. Pourtant (comme Dieu n'accorde pas tout à tous) on ne laisse pas d'estimer à leur prix les travaux du docteur Piamon, qui sont les plus nombreux après ceux du grand Lope. On apprécie les plans ingénieux du licencié Miguel Sanchez, la gravité du docteur Mira de Mescua, honneur singulier de notre nation; l'esprit vif et les innombrables conceptions du chanoine Tarraga ; la douceur de D, Guillèn de Castro; la finesse d'Aguilar; la pompe, le mou-