ACTE PREMIER
Le théâtre représente les dernières maisons d un village du nord de la France où déjà l'influence de la Flandre se fait sentir; la brique donne une teinte rose aux murailles ; les toits se denliculent en escaUer 3 ; les puits sont festonnés de
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houblon, cette vigne septentrionale ; les moulins ont au col des fraises de charpente, dans le lointain les clochers élèvent leurs flèches à renflements bizarres ; les arbres se mêlent plus nombreux aux habitations, les haies remplacent les murs et les champs commencent. Un air de gaieté et de repos indique un jour de fête.
Un jeune homme, le beau François, l'air alerte et joyeux, sort d'un humble logis en habit de dimanche pour aller à la fête; au diable l'ouvrage! il n'est question aujourd'hui que de s'amuser avec les gais compagnons et les jolies fillettes. Le vieux Martin son père le suit et lui fait des remontrances; le travail qu'il devait livrer n'est pas terminé encore, le prix aurait servi à payer un créancier impitoyable. — Demain je travaillerai double, car il est dur de pousser le rabot en tablier de cuir lorsque tout le monde se divertit et met ses beaux habits de fête, répond François, peu convaincu par l'homélie paternelle.
Le père Martin n'avait pourtant pas tort; un nouveau personnage entre, dont la mine ne présage rien de bon ; ses yeux d'oiseau de proie, son nez en bec à corbin, sa bouche en tirelire, ses rides pleines de chiffres annoncent un individu de l'espèce de M. Vautour, un composé d'Harpagon et de Gobseck, un avare et un usurier; en le regardant bien, on lui trouverait un vernis de garde du commerce. Ce casse-noisette de Nuremberg animé est M. Durfort, le créancier du père Martin. « Ah -çà, père Martin, voilà assez longtemps que je patiente; vous allez me payer mon dû, intérêUei principal, . sans préjudice des frais de poursuite et autres, avant que le soleil soit couché, faute de quoi faire, je vous insère délicatement dans la prison pour dettes jusqu'au payement intégral de la somme. »
L'àpreté de Durfort exaspère François, qui fait des gestes menaçants à l'usurier ; celui-ci lui dirait volontiers en parodiant le mot de Thémistocle : « Frappe, mais paye. » Le
père, moins bouillant que le fils, demande un repît pour aller a la ville et lâcher de s'y procurer de l'argent. François, qui est un brave cœur, ôte son habit, ceint le tablier et se met à rétabli, où il rabote et scie de grand courage pour terminer à temps le travail qui peut éviter la prison à son père.
Un coup d'oeil jeté par Dur fort sur la pauvre maison de Martin lui fait comprendre qu'il ne gagnerait pas grand chose à pousser les rigueurs jusqu'aux extrémités, et il laisse son débiteur aller tenter fortune à la ville, rassuré d'ailleurs ! par l'activité avec laquelle François fait filer les copeaux sous sa varlope.
Cependant le village s'éveille et s'anime; la jolie Pâquerette, plus adroite que la Perrette de la fable, arrive portant sur sa tête un pot au lait, qu'elle ne laisse pas tomber même en songeant aux contredanses et aux valses que l'orchestre doit exécuter le soir sous la feuillée. Grande est sa surprise en voyant François occupé ; elle s'avance avec une petite mine boudeuse et demande au jeune homme si son ouvrage sera bientôt terminé. François fait un signe de dénégation sans se déranger. — - Pâquerette, contrariée, dépose son pot au lait et s'approche de l'établi. — J'espère que tu ne vas pas travailler toute la journée. — Si, répond François, toute la journée. — Oh le vilain laborieux! fait Pâquerette qui, de même que toutes les femmes,- ne comprend pas que l'on travaille lorsqu'elle a envie de se divertir : « Et tu ne danseras pas? — Non. »
Ce non faifctomber les jolis bras de Pâquerette ; François lui paraît l'être le plus fantasque et le plus barbare du monde : refuser de danser un jour de fête, et avec elle encore, c'est un crime irrémissible. Puisqu'il travaille m et ne veut pas danser, François ne l'aime' plus. — Gela est sûr! Cette logique toute féminine s'appuie dans l'esprit de la jeune fille sur une preuve irrécusable ! Tout préoccupé de sa menuiserie intempestive, François ne l'a pas même em-
brassée; plusieurs fois elle a passé près de lui à portée d'un baiser, et il n'y a pas fait attention ; son frais col blanc, sa joue en fleur, ses lèvres roses ont fait des avances inutiles. Hélas ! François, qui pense aux menaces de Durfort et aux malheurs de son père, n'a guère le cœur à l'amour; les recors effarouchent Gupidon ! mais une jeune fille ne peut pas admettre qu'on pense à autre chose qu'à elle.
Les villageois sortent de leurs maisons, joyeux, parés, enrubannés, fleuris ; les garçons en beaux habit*, les jeunes filles en frais cotillons, la jupe courte et le bas bien tiré ! cela se mêle et se croise et fourmille confusément avec rire et babil. Mais pourtant les couples ne se perdeut pas ; la . main dans la main, le bras sur la taille, on reconnaît les amoureux, toujours seuls dans la foule : les mères s'étonnent d'être perdues à chaque instant par leurs filles, et les vieillards, appuyés sur leur canne, s'émerveillent de voir leurs fils frétiller si prestement dans cette cohue.
Bientôt les groupes se distribuent; chacun s'arrête au jeu ou au spectacle qui lui plaît : le mât de cocagne savonné se rit des efforts des lourds paysans qui veulent' y gravir, et balance dérisoirement sur leurs tètes sa couronne de timbales, de montres d'argent et de cervelas; le disque roule à travers les quilles abattues, la boule court après la boule, et ne &e dérange pas, lorsqu'à la grande hilarité de l'assistance, elle x rencontre les jambes d'un distrait ou d'un imbécile.
C'est le cas de Job Durfort, fils de l'usurier, grand dadais efflanqué et ridicule, haut monté sur pattes cogijne un oiseau de marais, et dont la boule vient d'effleurer les mollets absents. Pendant qu'il frotte sa jambe, il reçoit un ballcn en pleine figure ; il se retourne et renverse un jeu de siam : chacun de ses mouvements est une balourdise et une maladresse, il patauge d'accident en accident ; véritable queue rouge, à qui il ne manque que l'habit écarJate, le chapeau de poils de lapin et les papillons au bout du nez. Ce joli garçon,
comptant un peu sur les écus du papa Durfort, se trouve adorable et fait pour plaire aux belles; non content d'être idiot, il est avantageux et galantin; c'est Jeannot, compliqué de Léandre, heureux assemblage ! Avec ses prétentions, il achève en lui la caricature si bien commencée par la nature dans un moment de bonne humeur.
Job porte à la main, non pas un bouquet, mais une botte de fleurs; car il a le don de faire paraître burlesque les choses les plus gracieuses et de rendre ridicules même les roses. 11 s'approche de Pâquerette en se dandinant et en se rengorgeant. La jeune fille dépitée l'accueille comme toute femme accueille un sot lorsqu'elle veut faire enrager un garçon de cœur et d'esprit, avec un sourire charmant, et accepte son bouquet d'un air ravi, tout en jetant un coup d'ceil de côté pour voir l'effet que produit ce manège sur François. Le brave jeune homme rougit, se mord la lèvre et continue à cogner sur ses planches des coups destinés en idée aux épaules de Job. Pâquerette* a réussi à exciter la ja'ousie de François; elle est donc toujours aimée !
Les jeux commencent, les paysans tirent à la cible avec une arbalète, mais les flèches s'égarent loin du but; aux uns c'est le coup d'œil qui manque, aux autres c'est la main. A peine une flèche ou deux se sont-elles plantées dans le premier cercle : ils sont si maladroits et si balourds, les pauvres garçons! Job qui veut tirer aussi, envoie sa flèche à l'opposé du but, à la grande risée de la foule. Ah! si François voulait se donner la peine d'appuyer l'arbalète à sa joue et de viser deux secondes, comme il enlèverait le prix à la barbe de ces imbéciles ! Voilà ce que* tout le monde se dit. Pâquerette supplie François du regard. Le prix est un beau collier d'or. Le jeune homme pense qu'après tout, tirer un coup dans une ciblé n'est pas bien long ; il laisse le maillet pour l'arbalète, se pose, vise, lâche la détente et gagne.
On lui remet le collier, qui passe aussitôt au col de Pa-
qucrette, tout heureuse et toute fière de l'adresse de son amant et de la parure qu'elle porte, plaisir nouveau pour sa simplicité villageoise ; elle abandonne sa jolie main à François comme pour lui. demander pardon du tourment qu'elle lui a causé, et Job s'étonne de voir tout à coup si distraite et si froide pour lui, celle qui tout à l'heure lui faisait sa plus coquette révérence et son plus frais sourire. Il rainasse piteusement son bouquet oublié et tombé à terre, ne comprenant rien au cœur des femmes. •
Au tir de l'arbalète succède le jeu des ciseaux ; ce jeu consiste à couper, lés yeux bandés, un ruban auquel est suspendue toute une riche toilette de femme. Les jeunes filles, un mouchoir sur le nez, comme les amours dans les dessus de portes mythologiques, voltigent et tracent des méandres, les bras tendus en avant, faisant grincer l'acier dans le vide et ne coupant que l'air avec leurs ciseaux. Pâquerette, qui reçoit le bandeau à son tour et tente l'expérience la dernière, est plus heureuse que ses compagnes, elle rencontre le fil, le tranche et le prix tombe à ses pieds ; le ramasser et l'emporter dans sa maison est pour Pâquerette l'affaire d'une minute. Elle fuit à lire-d'aile sur la pointe de ses petits pieds, tant elle est impatiente de se revêtir de sa nouvelle parure. N'oublions pas une gaucherie de Job, qui, en voulant s'exercer aussi au jeu des ciseaux, a coupé, au lieu du fil, la vénérable queue de monsieur son père.
Pendant que Pâquerette s'habille, un cortège débouche sur la place, musique en tête avec fanfares et acclamations. C'est une procession dans le goût flamand, composée de quatre chars symboliques représentant les quatre Saisons, et ornés d'attributs significatifs, tels que (leurs, épis, pampres et rameaux argentés de givre. Chaque char dépose les personnages dont il est chargé. La foule se range et quatre entrées de ballets figurent les quatre époques de l'année.
On voit d'abord des laboureurs qui s'alignent, et, posant
le pied sur le fer de leurs bêches, font le geste de creuser et de fouir la terre. Des semeuses, le tablier retroussé par u« coin, passent entre leurs rangs, et avec des poses de danse, jettent la graine dans le sillon tracé : c'est le Printemps.
Le grain a germé déjà, les blonds épis élèvent Jeurs tuyaux d'or entremêlés d'étoiles d'écarlate et d'azur parles coquelicots et les bluets. Les gerbes s'écartent et laissent voir les teintes souriantes et vermeilles des moissonneuses : le blé est mûr, les belles filles se. penchent gracieusement, la faucille en main, et les épis tombent en cadence sur le revers du sillon : c'est l'Été.
Les vendangeuses succèdent aux moissonneuses, car la grappe a remplacé l'épi, les hottes se vident, les cuves se remplissent, et le raisin écume sous les trépignements dés danseurs : la vendange moderne a des airs de bacchanale antique : c'est l'Automne.
Il y a, dans le parc de Versailles, un vieillard grelottant qui se chauffe les mains à un feu de marbre ; c'est une flamme réelle et brillante qui pétille dans le brasier, autour duquel se groupent nos frileux . illuminés de rouges reflets, et se drapant dans leurs manteaux avec des poses gelées ; ils soufflent dans leurs doigts et battent la semelle, tandis que les femmes filent leur quenouille et font tourner leurs fuseaux en se livrant à des jeux mimiques pleins de grâce : c'est l'Hiver.
I Vous pensez bien que François, en voyant tout ce monde pirouetter, cabrioler et valser, ne peut plus y tenir, d'autant plus que Pâquerette vient de reparaître si fraîche, si rose, si gaie dans sa brillante parure, qu'un saint ne résisterait pas à la tentation de danser avec elle. François oublie tout, et la menuiserie, et les créanciers, et les recors; il ôte son tablier et sa veste, se revêt de son habit le plus galant, prend la maiu de Pâquerette, ravie d'avoir enfin décidé son partenaire, et le pas commence*
y 312 TIIÉÀTHE.
À la danse succède une course en sac. Les concurrents, «enfermés juqu'aux épaules dans un fourreau de toile, font pour avancer les efforts les plus grotesques. Job test tombé dix fois sur le nez quand François, aussi adroit que vigoureux, a dé£à fourni la moitié de la carrière. Mais voici que le père Martin revient de la ville, François, honteux d'être pris ainsi en flagrant délit, tâche en faisant des soubresauts, d'éviter la rencontre de son père, qui le découvre et lui reproche sa paresse et son insouciance. H n'a pas trouvé d'argent à la ville et il apporte une mauvaise nouvelle. C'est aujourd'hui qu'on doit tirer à la milice dans le village. Martin précède le recruteur. À cette nouvelle, la fête est suspendue, la consternation est peinte sur tous les visages, les mères soupirent, les pères prennent un air sombre et les jeunes filles serrent tristement la main de leurs fiancés ; chacun se sent menacé dans son amour ou son avenir.
Martin n'avait dit que trop vrai; on entend une fanfare de clairon, et bientôt le recruteur Bridoux entre avec sa troupe, suivi du bailli et de ses acolytes, qui portent la roue où sont contenus les numéros. — La roue est installée sur une table au milieu de la stupeur et de l'effroi de la foule immobile et On procède à l'appel nominal.
Job et François sont du nombre de ceux qui doivent tirer, et certes ni l'un ni l'autre n'a l'ambition de devenir un héros à cinq sols par jour. Us aimeraient mieux autre chose, épouser Pâquerette et rester au village, par exemple, sort moins brillant, mais plus doux.
Enj>révision d'un mauvais numéro, Job arrive clopin dopant, traînant le pied avec la grâce d'un faucheux àxpii un m< s onneur a coupé trois pattes; mais le maréchal des logis Bridoux, qui n'est pas crédule en fait d'infirmités, examine la jambe de Job, la tâte en tous sens et ne lui trouve d'autre défaut que de ressembler à une jambe de coq. Job continue à se prétendre infiniment perclus et plus çcloppé que le messager
boiteux de Bâle en Suisse.*. Bridoux, qui redoute une ruse,' tire son sabre et menace Job, qui, naturellement poltron et ayant peur des coups plus que de toute autre chose, se sauve avec des pieds de cerf, d'autruche et de gazelle, aussi vile que pourrait le faire Almanzor, le coureur dératé de M. le marquis.
Vient le lour de François"; on l'appelle, et comme il n'y a pires sourds que ceux qui ne veulent pas entendre, il reste immobile comme un bloc. Bridoux, qui est un vrai saint Thomas militaire, fait avancer un trompette qui fait éclater brusquement dans l'oreille du jeune homme une fanfare plus aigre, plus fausse, plus perçante que les clairons du Jugement dernier qui réveilleront «les morts, et que les trombones bibliques qui ont renversé les murailles de Jéricho. François reste impassible : un coup de pistolet tiré inopinément derrière lui n'obtient pas plus de succès ; pas un de ses nerfs ne tressaille. ; Tout autre qu'un recruteur serait convaincu de la surdité de François : malheureusement Bridoux a plus d'une ruse dans son sac, et il en lire une des plus scélérates et des. plus ingénieuses. — Toujours derrière le dos du jeune homme, il prend la taille de Pâquerette, et, malgré sa résistance, lui dérobe un baiser... sonore l L'amoureux, qui était resté sourd aux appels du olairon et aux détonations d'armes à feu, entend ce petit bruit de lèvres et se retourne avec une vivacité jalouse : il a trahi son secret ! Il n'est pas plus attaqué de surdité que la princesse Fine-Oreille, qui entend l'herbe pousser dans les prairies. Bridoux se pavane et se rengorge, tout fier du succès de son stratagème, aussi artifieiéux qu'agréable. François est consterné, et Pâquerette se désole d'ê re la cause innocente du .malheur de son amant.
On procède au tirage des numéros. Job, moins chanceux encore que le conscrit de Corbeil, qui avait eu le numéro 2, après avoir longtemps tourné les billets, amène le numéro h
— Ce résultat lui cause une désolation comique, qui se traduit par toutes sortes' de contorsions et de grimaces.
Vient le tour de François : il amène le numéro le plus élevé ; il ne partira pas ! quel bonheur ! Dans sa joie, il embrasse son père, et surtout Paquerefte, à plusieurs reprises ; et Pâquerette le laisse faire : ce n'est pas le moment de marchander un baiser.
Cependant Job se lamente d'un air aussi piteux que son homonyme ; et le père Durfort, touché dç la douleur de son unique rejeton, s'approche de lui et lui dit : « Ne te désole pas de la sorte ; tu ne partiras pas. J'ai dos écus ; je l'achèterai un homme. — Voyons, qui de vous veut remplacer mon fils? dit-il, en s'adressant au* garçons qui ont eu de bons numéros. C'est un sort si agréable, que de servir le roi, quand c.î a du cœur et le gousset garni !»
Les offres de Durfort ne tentent ni Pierre, ni Jacques, ni Jérôme ; ils aiment mieux rester à cultiver leur petit champ entre leurs parents et leurs fiancées, que d aller porter le mousquet pour quelques écus qui seraient bien vite dépensés.
Il vient à François, qui refuse également. Furieux de se voir rebuté, même par son débiteur, Durfort redemande son dû, en faisant observer que le délai est bientôt passé, et qu'il va instrumenter selon toute la rigueur de la loi. Le père Martin a' beau supplier, demander du temps, Durfort ne veut rien accorder, et fait signe aux huissiers et aux recors de commencer leur besogne.
Alors François, qui a pris une grande résolution et veut sauver son père de la misère et de la prison, s'approche de Durfort et lui dit : « Terminons celte affaire; faites retirer ces hommes... Je partirai à la place de votre fils... » Tous doux sortent; et Bridoux qui, pendant ce temps, a fait mettre en rang les miliciens, au nombre de. quels se trouve Job, donne le signal du départ; les clairons, sonnent, et la
{netite troupe va se mettre en marche, lorsque François rentre enant en main un sac d'argent qu'il donne à son père, que les recors relâchent aussitôt, et dit : « Je pars à la place de Job! »
Cette nouvelle fait éclater la satisfaction la plus vive sur la grotesque face du fils de l'usurier, et la plus profonde douleur sur le charmant visage de Pâquerette. Le père Martin a toutes les peines du monde à contenir son attendrissement, heureux et fâché dé ce sacrifice cruel, mais nécessaire. ■ .
« Tu me seras fidèle ! dit François à Pâquerette, qui cache sa tête et ses pleurs sur le sein de son amant. — Je te le jure ! Et toi, lu ife m'oublieras pas ? — Ta pensée me suivra partout, au bivouac et au champ de bataille... — Prends cette petite croix d'or attachée au collier gagné par ton adresse, et porte-la en souvenir de moi, » dit Pâquerette en sanglotant. François couvre de baisers ce gage de tendresse naïve, le serre dans sa poitrine, et va prendre place dans le rang; la troupe part, commandée par Bridoux,. tout heureux d'avoir sous ses ordres un beau et robuste garçon comme François, 5 la place de cet échalas de Job, incapable de faire la guerre même aux poules.
Tout guilleret et tout léger, Job s'approche de Pâquerette et lui offre un sucre d'orge pour adoucir l'amertume de cette séparation : Pâquerette ne fait pas la moindre attention aux galanteries de cet imbécile, qui pourtant se flatte de faire oublier François et de l'épouser. — 11 n'y a que les sots qui aient si bonne opinion d'eux-mêmes, et souvent ils sont crus sur parole, lorsqu'ils sont riches* Mais il n'y a pas de danger ; Pâquerette n'est pas pour Je nez de Job, fût-ril dix fois plus bête et cent fois plus cossu.