TI1É.VTRE
Si Ton toulait appliquer à celte chorégraphie les règles de l'esthétique, et si l'on tenait à penor le papillon avec une broche, il serait difficile de prouver que tous les préceptes d'Àristote ne sont pas exactement observes dans Pâquerette ; l'action y court après la danseuse, et en trois bonds Gerrito est loin.
L'on commence dans la Flandre française, et Ton finit en Hongrie. Pourquoi en Hongrie? Il nous semble avoir donné de cela dans le livret deux ou trois raisons qui ne sont pas trop bonnes ; mais quand on a vu ce pas étincelant comme une valse de libellule sous un rayon de soleil, qui peut dire que nous ayons eu tort de suivre Gerrito jusqu'à une ville d'une orthographe difficile et qui n'existe peut-être pas plus que les ports de mer de Bohême dont parle Shakspeare : elle nous aurait demandé Lima ou Tombouctou, que nous lui aurions accordé le site de son pas. Il y a aussi un rêve qui n'est peut-être pas trop logique ; mais il n'est pas plus mal amené que les songes des tragédies couronnées par l'Institut, et, au lieu de le dérouler en hexamètres, il est écrit en tarlatane blanche, en maillots roses, en couronnes de muguets, en jolies tètes qui se penchent, en beaux bras ronds qui se déploient, en roseaux qui s'entr'ouvreut pour laisser voir des sourires charmants à la lueur d'un soleil électrique, répandant sur un lac une traînée, de rubis ; — ce qui est un avantage.
La musique est de M. Benoist, un homme de talent, modeste, et dont les services sont bien appréciés à l'Opéra, où il est chef de chant. Elle est nette, vive, rhythmée, comme il faut que le soit la musique de ballet. Les motifs charmants de valses et de quadrilles y abondent, et tout l'hiver dansera sur les airs de Pâquerette; n'allez pas cependant mépriser trop vite M. Benoist, parce qu>'il a de la mélodie ; il y a dans sa partition deux fugues, oui, deux fugues trèsbien renversées et parfaitement conduites : un bel os à moelle à ronger pour les difficiles. *
La partie purement chorégraphique a été exécutée par M. Saint- Léon avec une habileté et une intelligence rares. Les groupes sont bien dessinés, les attitudes gracieuses, les évolutions du corps de ballet bien réglées ; c'est son chef-d'œuvre. Quant aux pas, il nous suffira de dire que Saint-Léon a été rappelé deux fois dans la soirée, avec Gerrito. Le succès a été complet.
Dire que Gerrito danse d'une manière charmante est une banalité telle, que nous n'en avons pas le courage ; mais il faut insister
sur la façon dont elle 4 joué dans le second acte. Elle était née danseuse, elle devient mime, et mime comique, ce qui est très-difficile à l'Opéra. Les portions gaies du ballet ont été rendues par elle avec un tact extrême.
Berthier est très-bon dans le rôle de Bridoux et Coralti remplit parfaitement la place laissée vide par Élie, ce mime fantastique et bouffon.
(Feuilleton de la Preste, 20 janvier 1851.)