‹ Théâtre: mystère, comédies et ballets (volume 2)Chapitre 68 sur 235 · GÉRONTE, FRONTIN, MARIETTE · texte numérisé non relu

GÉRONTE, FRONTIN, MARIETTE

GÉRONTE

Me voilà délivré dé ce fieffé vaurien !

11 aura beau crier, je ne lui rendrai rien ; Car comment a-t-il pu, même étant économe, Moi ne le payant. pas amasser cette somme ?

FRONTIN

H vous a détroussé.

MARIN ETTE

C'est limpide.

L'argent Du drôle est vôtre. Un maître un peu moins indulgent L'enverrait, sur la mer, écrire avec des plumes De quinze pieds, coiffé, dans la crainte des rhumes, D'un superbe bonnet du.rouge le plus vif.

MARINETTE

Fous tromper ! c'est affreux] Vous si bon ! si naïf!

GÉRONTE

Je suis assez vengé si je n'ai rien à rendre,

Et j'aime autant qu'il aille ailleurs se faire pendre.

FRONTIN

Très-bien ! mais vous voilà sans valet maintenant.

GÉRONTE

Sans valet, tu Tas dit. revers surprenant 1

Un homme comme moi sans valet ! quelle honte !

FRONTIN

De ses augustes mains, certes, monsieur Géronte Ne peut pas, aux regards des voisins ébaubis, Peindre en noir sa chaussure et battre ses habits.

GÉRONTE

Non ; l'on ferait sur moi cent brocards, cent risées.

Qui suifera, le soir, vos boucles défrisées ?

GÉRONTE

Dans quel gouffre de maux suis-je tombé, grand Dieu t

MARINETTE

Qui viendra, le matin, vous allumer du feu?

GÉRONTE

Je. me sens affaissé... la tristesse me gagne ;

Ah ! Champagne, mon bon, mou fidèle Champagne,

Tu me manques !

Page 1