‹ Théâtre: mystère, comédies et ballets (volume 2)Chapitre 76 sur 235 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

GÉRONTE, FRONTÎN.

FRONTIN, à part.

Décidément Géronte est un oncle faroucntr.

Vieillard dénaturé, puisque rien ne te touche. Je m'en vais te donner une bonne leçon,

Et te servir tout chaud un plat de ma façon.

Haut et s'arançant.

Monsieur, qu avez-vous donc? vous avez l'air tout chose!

GÉRONTB.

J'étrangle de colère.

FRONTIN

Et le pourquoi?

GÉRONTE

La cause Qui peut faire passer de l'écarlate au bleu Un oncle modéré, quelle est-elle?

FRONTIN

Un neveu.

GÉRONTE

Sous prétexte qu'il est un peu fils de mon frère, Ce Yalère maudit me damne et m'exaspère.

FRONTLN.

Heureux, trois fois heureux, qui n'a pas de parents !

GÉRONTE

Sous le balcon d'Inez tous les jours je le prends, Brassant quelque projet, dressant quelque machine...

La tulipe se plaît aux vases de la Chine, La marguerite aux prés, la violette aux bois, L'iris au bord des eaux, la giroflée aux tdfcs ; Mais la fleur qui le mieux vient sous une fenêtre, C'est un amant ; liiez Ta remarqué, peut-être.

GÉRONTE

Je saurai nettoyer et sarcler le terrain...

Mais, Frontin, couvre-toi ; tu prendras le serein; Si tu restes ainsi sans chapeau dans la rue.

FRONTIN

Si je mets mon chapeau, j'échappe à votre vue, Je m'éclipse...

GÉRONTE

Comment?

FRONT IN

Je disparais tout vil f

GÉRONTE

Que me chantes-tu là ?

FRONTIN. '

Rien que de positif. \

Avec attention examinez ce feutre.

GÉRONTE

Il est d'un poil douteux et d'une teinte neutre.

Dites qu'il est déteint, bossue, crasseux, gras; Que le soleil, la pluie et] les ans Font fait ras ; J'en conviens. Hais jamais sur la terre où nous sommes, Depuis les temps anciens que se coiffent les hommes, Bien qu'il soit déformé, sans ganse et tout roussi, 11 n'exista chapeau pareil à celui-ci !

GÉRONTE

J'en ai vu d'aussi laids, mais non pas de plus sales!"

FRONTIN

D'où pensez-vous qu'il vienne?

GÉRONTE

Eh ! des piliers des halles l

FRONTIN

Fî donc! c'est le chapeau de Fortunatus.

GÉRONTE

Ça?

FRONTIN

Ça! le chapeau qui rend invisible. 11 passa

Dans mes mains par un tas de hasards incroyables,

D'événements trop vrais pour être vraisemblables.

GÉRONTE

Quand on a ce chapeau sur la tête, dis-tu,

Personne ne vous voit ?

FRONTIN

Oui, telle est sa vertu.

GÉRONTE

J'ai confiance eh tor... Hais je ne puis te croire; Un tel prodige veut une preuve notoire.

FRONTIN

Vous l'aurez.

GÉRONTE. %

Sur-le-champ?

FRONTIN

Tenez, regardez bien. . .

GÉRONTE

Oui... oui...

FRONTIN, passant derrière Géronte, et le tenant par la basque da

son habit.

Le tour est fait. — Que voyez-vous? Plus rien,

GÉRONTE

Où donc est-il passé? C'est incompréhensible !

FRONTIN, même jeu.

Nulle part; je suis là, devant vous, invisible.

GÉRONTE

Il faut que je te trouve absolument.

FRONTIN, même jeu.

Cherchez, Gros homme!

GÉRONTE

Je n'ai pas pourtant les yeux bouchés.

, . FRONTIN, même jeu.

Je le lui donne en cent. Je le tiens par la basque

De son habit ! Monsieur, vous courez comme un Basque,

Ménagez-vous.

GERONTE.

Prodige étrange à concevoir !

11 est là qui me parle, et je ne puis le voir ! Où donc es-tu, Frontin ? A gauche?

FRONTIN, même jeti. .

Non, adroite.

GÉRONTE

Par ici ?

PRONTIN, même jeu.

Non, par là. — Va, marche ; je t'emboîte !

Ouf ! je suis tout en nage !

FRONTIN

Êtes-vous satisfait?

Etes-vous convaincu pleinement ?

GÉRONTE

Tout à fait.

PRONTIN.

Or çà, reparaissons.

Il passe devant Gérante.

GÉRONTE

Je te vois à merveille.

PRONTIN.

Pardieuf

GÉRONTE

C'est étonnant ! je ne sais si je veille, .

Ou si je dors. — Veux-tu me donner ce chapeau ?

PRONTIN.

Je voudrais bien, monsieur, vous en faire cadeau :

Mais, vraiment, je ne puis.,. Ce chapeau, c'est mon gîte,

Ma cave, ma cuisine.. .

GÉRONTE

Il te sert de marmite ! '

Je ne suis plus surpris alors qu'il soit si gras ! Fait-il de bon bouillon?

f|6 THÉÂTRE.'

FROKTIff.

Vous ne comprenez pas.

Quand l'heure du dîner me carillonne au ventre, J'enfonce nion castor jusqu'au sourcil et j'entre Chez quelque rôtisseur, invisible pour tous.

Là, parmi les poulets, colorés de tons roux, J'avise le plus blond, je le prends et le mange, • Les pieds sur les chenus, où nul ne me dérange. Puis au bouchon voisin, pour arroser mon rôt, Je sable du meilleur, sans payer pn écçt,

GÉROSTB.

C'est merveilleux 1

frowtin.

J'en ij§$ av£C la friperie Comme avec la taverne et la rôtisserie.

Demandez-moi mes yeux, dfijngndez-moi ma peau, Ma femme, mes enfants, mais non pas ifl#n Ghapgjm,

Page 1