LES MÊMES, MARINETTE
FRO.NTI>'.
Qu'as-tu donc, mon enfant ?
MARIiNETTE, feignant de ne pas voir Géronte.
Je n'ai rien.
FRONTIX.
Si; ta mine.
Qu'un sourire joyeux d'ordinaire illumine, Est lugubre, aujourd'hui, comme un enterrement; On dirait que tu viens de perdre ton amant.
MARINETTE, même jeu.
Pour le perdre, il faudrait l'avoir eu... Je suis sage. Et n'admets que soupirs tendant au mariage, Frontin !
GÉRONTE, à pari.
OÙ diable va se nicher la vertu ?
FRO.NTIN.
Mais alors, d'où te vient cet air morne, abattu ?
MAIUNETTE, même jeu.
D'une tout autre cause. A me ilattertrop prompte. J'avais l'espoir de plaire au bon monsieur Géronte, Et d'entrer, pour tout faire, en service chez lui... Tu sais le résultat, et j'en ai do l'ennui.
CÉnONTE, mémo jeu.
Je suis vraiment fâché de ne l'avoir jjas prise.
MARLNETTE, même jeu.
Maintenant, il est seul. Oui le coiffe et le frise? Qui lui met sa cravate et lui cherche ses gants? Moi, j'aurais eu pour lui tous ces soins fatigants, Et je l'aurais choyé comme une lille un père 1
GÉROME, même jeu.
Ce que je n'ai pas fait, je i)uis cncorle lliire.
MARINETTE
C'est un homme si doux, si poli, si charmant!
FROMI.X.
Je ne partage pas du tout ton sentiment. Un vieux...
GÉRONTE, bas à Fronlin.
Comment ?
FRO>TIN
Laid, sot...
GÉRO.NTE, niL-mejeu.
Gredin !
FROMIX.
Acariâtre...
GÉROXTE, de même.
Bandit !
FRONTIN
Crasseux ! . . .
GÉROXTE, de même.
Je vais te battre comme un plâtre.
Si...
FROXTIN, bas à Géronle.
C'est pour l'éprouver, monsieur; tenez-vous coi ! Tu le trouves donc bien ?
MAFU.NETTE.
Il a je ne sais quoi
De franc, d'épanoui, qui me plaît et m'enchanle. Ah ! que do le servir j'aurais été contente !
GÉROME, à part.
Quel bon cœur ! Je me sens le coin de l'œil mouillé, Et par l'émotion j'ai le nez chatouillé.
11 L'ternue.
MARINETTE
J'entends éiernuer, et je ne vois personne!
GÉRO.NTE.
C'est moi qui...
MARINETTE
Mais quelle est cette voix qui résonne? Un fantôme, un esprit!...
GÉKONTE.
Eh! non ; c'est moi.
Qui donc?
GÉRONTE
Gérontc.
MARINETTE
Et votre corps, où donc est-il?
FRONTIN, décoiffant Gérontc.
Pardon !
Monsieur, vous oubliez que pour être visible 11 faut vous décoiffer.
MARINETTE
Ah ! quelle peur horrible, Monsieur, vous m'avez faite !
r.ÉROME.
Allons, rassure-toi ; Je vais en quatre mots dissiper ton eiTroi : Ce chapeau, qu'il suffit d'ùter et de remettre. Me fait à volonté paraître et disparaître !
MARINETTE, à part.
Feignons d'être timide et jouons l'embarras.
GÉRONTE
La place que tu veux, mon enfant, tu l'auras.
MARINETTE
Vous étiez là, monsieur? Vous m'avez entendue?.. Le trouble... la pudeur... Ah ! je suis confondue !
GÉnONTE.
Ton dévouement pour moi s'est fait connaître ainsi.
FROi\TI\.
Pendant que nous voilà, si nous tentions aussi,
Avec ce talisman, une autre expérience,
Pour savoir ce qu'hiez sur votre compte pense ?
GÉROXTE.
Pourquoi faire, Frontin? Je ne suis pas aimé!
FROINTIN.
Si, vous l'ctes. Le cœur est un livre fermé ;
Il faut qu'il soil ouvert pour qu'on y puisse lire.
MARLNETTE.
Voulez-vous qu'une femme aille d'abord vous dire Les feux dont en secret elle brûle pour vous ?
GÉRONTE
Mais elle m'a vingt fois refusé pour époux !