SCÈNE XII
i uis, dit Giselle à celui qu'elle aiuio:; fuis, ou tu es ii/nrl, mort comme Hilarion, ajoute-t-cllc eu dcsiguaiit Ir lac.
Albert reste un instant frappé de terreur à l'idée de [Kiilager le sort affreux du garde-cliasse. Giselle pioliii' de ce moment d'indécisiou pour s'emparer de la main d'Albert; ils glissent tous deux par la force d'un piuivoir magique vers la croix de marbre; elle lui indique c3 signe sacré comme son égide, comme son seul NI lut!
i.a reine et toutes lesWilis le poursuivent jusqu'au tombeau ; mais Albert, toujours protégé par Giselle, Il live ainsi jusqu'à la croix, qu'il saisit; et au mo- I lient où Myrtba va le toucher de son sceptre, la brandie encliantée se brise entre les mains de la reine, qui s lurète, ainsi que toutes les M'ilis, frappées de surj irise et d'épouvante.
furieuses d'être ainsi trabies dans leurs cruelles es-
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péraiices, les Wilis tournent iuilour d'AlbL-ri, et s"éluncent [jhiNienrs t'ois devant Ini, tonjours repoussces })ai' nnc |)uissance an-dessns de la lenr. La reine, alors, voulant se venger sur celle qui lui ravit sa proie, étend la main sur (iiselle, dont les ailes s'ouvrent aussitôt, et qui se met à danser avec la plus gracieuse et la plus étrange ardeur, et comme emportée par nn délire involontaire.
Albert, immobile, la regarde, accablé, coniondu de cette scène bizarre!!! mais bientôt les grâces et les poses ravissantes de laWili l'attirent malgré lui; c'est ce que voulait la reine : il quitte la croix sainte qui le préserve de la mort et s'approclie de Giselle, qui s'arrête alors avec épouvante, et le supplie de l'egagner son talisman sacré; mais la reine, la toucbant de nouveau, la force à continuer sa danse séductrice. Cette scène se renouvelle plusieurs fois, jusqu'à ce qu'enfin, cédant à la passion qui l'entraîne, Albert abandonne la croix et s'élance vers Giselle... Il saisit la brancbe enclianlée, et veut mourir pour rejoindre la Wili, poru' n'en èiro plus séparé! ! !
Albert semble avoir des ailes, il rase le sol et voltige autour de la Wili, ipii parfois essaye encort" de le retenir.
Mais bientôt, entraînée par sa nouvelle nature, (iiselle est forcée de se joindre à son amant. Un pas ra-
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{tidc, * aérien, frénétique, commence entre eux. Us semblent tous deux lutter de grâce et d'agilité : paribis ils s'arrêtent pour tomber dans les bras l'un de l'autre, puis lannisique fantastique leur rend de nouvelles forces et une nouvelle ardeur! ! !
Le corps entier des AVilis se mèlc aux deux ajnants, en les encadrant dans des poses voluptueuses.
Une mortelle fatigue s'empare alors d'Alb.rt. Ou voit qu'il lutte encore, mais que ses forces commencent à l'abandonner. Giselle s'approcbe de lui, s'arrête un instant, les yeux voilés de pleurs; mais un signe de la reiue l'oblige à s'envoler de nouveau. Encore quelques secondes, et Albert va périr de lassitude et d'épuisement, lorsque le jour commence à paraître. . . Les premiers rayons du î-oleil éclairent les ondes argentées du lac.
La ronde fantastique et tumultueuse des Wilis se ralentit à mesure que la nuit se dissipe.
Giselle semble renaître à l'espoir en voyant s'évanouir le prestige terrible qui entraînait Albert à sa perte.
l'eu à peu, et sous les vifs rayons du soleil, la troupe entière des Wilis se courbe, s'affaisse, et tour ù tour on les voit clianceler, s'éteindre et tondiei' sur la touffe de lleurs ou sur la tige (jui les a vues naître, comme les lleurs de la nuit qui meurent aux approches du joiu".
Pendant ce gracieux tableau, Giselle, subissant, comme SCS légères sœurs, l'influence du jour, se laisse aller lentement dans les bras affaiblis d'Alliert; elle se rapprocbe de la tomlje, comme euliaince vers elle par sa destinée.
Albert, devinant le sort qui menace Giselle, l'emporte dans ses bras loin du tombeau, et la dépose sur un tertre au milieu d'une touffe de Heurs. Albert s'agenouille jirès d'elle, cl lui doime un ])aiser, comme pour lui communiquer son àme et la ra[)pek'r à la vie.
Mais Giselle, lui monlrant le soleil qui brille alors de tous ses ftiix, semble lui dire ipi'ellc doit obéir à son sort et le quitter pour jamais.
En ce moment des fanfares bruyantes retentissent au sein des bois.
Albert les écoute avec crainte, et Giselle avec une douce joie.