SCÈNE PREMIÈRE
FI.ORINE
Mes chers seigneurs, je ne puis que vous répéter ce que je vous ai déjà dit, — ma maîtresse n'y est pas.
LE DUC
Ceci est de la dernière fausseté, je l'ai vue en descendant de ma chaise, le iront appuyé à la vitre de sa fenêtre.
LE CHEVALIER
Je ne croirai qu'elle n'y est pas que si elle vient nous le dire elle-même.
LE DUC
Nous prend-elle pour des créanciers, ou pour des hommes de lettres qui viennent lui offrir des dédicaces?
M. DE VAUDORÉ
Nous ne sommes pas des drôles et des maroufles sans consistance; — cette consigne ne nous regarde pas. — Messieurs, vous n'avez pas la vraie manière d'interroger les soubrettes, (ii tire sa i)ourse.) — Tiens, Florine, sois franche, ta maîtresse est chez elle?
FLORINE
Oui, monsieur.
M. DE VAUDORÉ
Je savais bien, moi, que je la ferais parler.
LE CHEVALIER
Voilà qui est féroce de se celer de la sorte à des amis tels que nous, qui n'avons jamais man([ué un de se?^ soupers. — Quelle ingratitude !
M. DE VAUDORÉ
Fais-nous entrer, petite.
FLORIiNE.
Votre éloquence est bien persuasive, monsieur; mais je me vois, bien à regret, forcée de garder votre bourse sans vous ouvrir la porte.
LA FAUSSE COISVEHSION. 81
M. PE VAUDORÉ
Ah çà ! mais, — Florine, tu es pire que Cerbcro : tu prends lo f^àteau, et tu ne laisses point passer.
FLORLNE.
Je connais mes devoirs.
i-E nue.
Puisque les choses en sont là, je suis décidé à faire lu siège de la maison; je vais établir un pétard sous la porte ou pousser une mine jusque dans l'alcôve de Célinde. Je sais où elle est, Dieu merci !
FLORINE
Monsieur lo duc est un homme terrible !
M. DE VAUDORÉ, à part.
J'ai bien envie de retourner faire ma cour à la Rosimèno ; — il est vrai qu'elle m'a reçu fort durement. — Être chassé, ou ne pas être admis, les chances sont égales ; — je reste. — Mon Dieu, qu'en ce siècle de corruption il est difficile d'avoir une affaire de cœur !
LE CHEVALIER
Allons, Florine, ne nous tiens pas rigueur; il n'est pas dans tes habitudes d'être cruelle.
FLORIKE.
Vous aimez vous faire répéter les choses : — ma maîtresse est chez elle, c'est vrai, mais c'est comme si elle n'y était pas. Madame ne veut recevoir personne, ni aujourd'hui, ni demain, ni après ; c'est une chose
résolue ; nous voulons vivre désormais loin du hruit et du monde, dans une solitude inaccessible.
LE DUC
Traderi-dera, — nous y mettrons bon ordre ; nous n'avons pas envie de mourir d'ennui tout vifs. Nous poursui^Tons Célinde jusqu'au fin fond de sa Tliébaïde. — Que diable ! après avoir montré à ses amis un si joli visage pétri de lis et de roses, on ne leur fait pas baiser une figure de bois de chêne étoilée de clous d'acier.