SCENE PUEMIERi
AllLEQUIN, ÛJLOMDINE.
AULEQUI.N.
Culoiiiliiiie, lin mot !
COLOMBINE
Non !
ARLEQLI.N
Demeurez.
COLOMBI.NE.
Point.
ARLEQUIN
De eràce !
J'ai là certain cadeau u'il faut (|ue je vous fasse.
108 TllEATHE.
COLOMIil.NE.
Un cadeau? Je m'arrèle. Est-ce une cliaîiie d'or ? Une bague'/ une montre? Y suis-je?
ARLEQLI.N.
l'as encor.
COI.OMBIiNE.
Une pièce bien lourde en bonne argenterie? Un nœud de diamants ?
AULEQUIN.
Fi ! ma galanterie Ne s'en va pas donner dans ces luxes gro>siers, Ijon pour les parvenus et pour les fniancicrs; Je me garderais bien d'iuimilier les femmes Par l'insultant excès de ces présents infâmes; Car dans tous les l>ays, cliez les plus gens de goiit, On dit (pi'en ces régals c'est le cboix qui fait tout.
COLOMBLNE.
Vous me faites languir; dépècbez, voyons, qu'est-ce ?
AUI.EQUIN.
Regardez, s'il vous plait, cette petite caisse.
COL0MI5IINE.
Celte caisse ?
ARLEQUIN
Oui.
COLOMBINE
Grands dieux! que vois-je? une souris,
l'IKHIiUi l'USTIllMi;. KiO
Certes, le (Ion est rare el il'im mei'veilleux prix!
ARLEQUIN
Très-rare; une snuris plus blanche qu'inie lierunne, Gaie, aleile, l'œil vif comme une Colombinc : La femme est une chatte et sa griffe nous tient; Vnc souris est donc un présent qui convient.
COl.OMIUXE.
Lu écrin me plaît mieux ([uc trente souricières ; Je vous en avertis, ce sont 1\ des manières A ne réussir point près des cœurs délicats. Et vous vous brouillerez avec messieurs les chats.
.vni.EQUKX.
Ci'llc p.uivre souris, tournant dans celte boite,
ileprésentc mon àme allant à gauche, à droite,
S'a jilaut sans repos dans la captivité
Uù depuis si-longtemps la tient votre beauté ;
C'est mon cœur, prenez-le, Colombine fantasque.
Car je pâlis d'amour sous le noir de mon masque.
Je maigris, desséché par le feu des désirs,
Et les moulins à vents tournent à mes soupirs.
COIOMBINE-
Arlequin, quoi ! c'est vous qui tenez ce langage ? A ma pudicité cessez de faire outrage ! Renfoncez vos soupu's, n'ajoutez pas un mot, Et respectez en moi la femme de Pierr.jl !
lo
J7(l THÉ A THE.
ARLEQUIN
Mais Pierrot, délaissant les rives de la Seine, Dont l'habitation lui devenait malsaine, A fait rencontre, en mer, de pirates d'Algei', Et vu d un nœud coulant sou destin s'abréger. Ne pouvant pas payer de rançon aux corsaii'es, 11 trouva la potence enfuyant les galères,
COLOMDI.NE .
En ce bas monde, hélas ! nul n'évite son sort !
ARLEQUIN
Donc je puis vous aimer; car la femme d'un mort En tout pays du monde a cpialité de veuve.
COLOMBINEi
Du trépas de Pierrot nous n'avons pas la preuve; S'il allait reparaître, ainsi qu'un chien perdu ! S'il n'*avait pas été suffisamment pendu ! ,
Dali! rien n'est plus certain: son exlrrtit mortuaire, Sur le premier feuillet de tout diclionnaiiv. Se voit lisiblement écrit ou parafé, ■Au-dessous d'un pierrot au gibet agrafé.
COLOMBINE
Ce sont titres fort bons cpi'on ne saurait produire Quand devant le notaire il me faudra conduire ; Car je pense. Arlequin, pour l'honneur de vos vœux, Qu'ils tendent à serrer le plus sacré des nœuds.
IMKllI'.OT l'USTlUMi;. 471
Parmi corlilicat, on l'onno Irgitimo, l)('iiioiitiez-ni<ii ((u'ou poiil lesacciioillli' sans crime, ,Io vons accorderai très-volontiers ma main, Mais, jnsqnelà, néant!... je passe mo.i chemin.