‹ Théâtre: mystere, comédies et balletsChapitre 78 sur 228 · SCENE PUEMIERi · texte numérisé non relu

SCENE PUEMIERi

AllLEQUIN, ÛJLOMDINE.

AULEQUI.N.

Culoiiiliiiie, lin mot !

COLOMBINE

Non !

ARLEQLI.N

Demeurez.

COLOMBI.NE.

Point.

ARLEQUIN

De eràce !

J'ai là certain cadeau u'il faut (|ue je vous fasse.

108 TllEATHE.

COLOMIil.NE.

Un cadeau? Je m'arrèle. Est-ce une cliaîiie d'or ? Une bague'/ une montre? Y suis-je?

ARLEQLI.N.

l'as encor.

COI.OMBIiNE.

Une pièce bien lourde en bonne argenterie? Un nœud de diamants ?

AULEQUIN.

Fi ! ma galanterie Ne s'en va pas donner dans ces luxes gro>siers, Ijon pour les parvenus et pour les fniancicrs; Je me garderais bien d'iuimilier les femmes Par l'insultant excès de ces présents infâmes; Car dans tous les l>ays, cliez les plus gens de goiit, On dit (pi'en ces régals c'est le cboix qui fait tout.

COLOMBLNE.

Vous me faites languir; dépècbez, voyons, qu'est-ce ?

AUI.EQUIN.

Regardez, s'il vous plait, cette petite caisse.

COL0MI5IINE.

Celte caisse ?

ARLEQUIN

Oui.

COLOMBINE

Grands dieux! que vois-je? une souris,

l'IKHIiUi l'USTIllMi;. KiO

Certes, le (Ion est rare el il'im mei'veilleux prix!

ARLEQUIN

Très-rare; une snuris plus blanche qu'inie lierunne, Gaie, aleile, l'œil vif comme une Colombinc : La femme est une chatte et sa griffe nous tient; Vnc souris est donc un présent qui convient.

COl.OMIUXE.

Lu écrin me plaît mieux ([uc trente souricières ; Je vous en avertis, ce sont 1\ des manières A ne réussir point près des cœurs délicats. Et vous vous brouillerez avec messieurs les chats.

.vni.EQUKX.

Ci'llc p.uivre souris, tournant dans celte boite,

ileprésentc mon àme allant à gauche, à droite,

S'a jilaut sans repos dans la captivité

Uù depuis si-longtemps la tient votre beauté ;

C'est mon cœur, prenez-le, Colombine fantasque.

Car je pâlis d'amour sous le noir de mon masque.

Je maigris, desséché par le feu des désirs,

Et les moulins à vents tournent à mes soupirs.

COIOMBINE-

Arlequin, quoi ! c'est vous qui tenez ce langage ? A ma pudicité cessez de faire outrage ! Renfoncez vos soupu's, n'ajoutez pas un mot, Et respectez en moi la femme de Pierr.jl !

lo

J7(l THÉ A THE.

ARLEQUIN

Mais Pierrot, délaissant les rives de la Seine, Dont l'habitation lui devenait malsaine, A fait rencontre, en mer, de pirates d'Algei', Et vu d un nœud coulant sou destin s'abréger. Ne pouvant pas payer de rançon aux corsaii'es, 11 trouva la potence enfuyant les galères,

COLOMDI.NE .

En ce bas monde, hélas ! nul n'évite son sort !

ARLEQUIN

Donc je puis vous aimer; car la femme d'un mort En tout pays du monde a cpialité de veuve.

COLOMBINEi

Du trépas de Pierrot nous n'avons pas la preuve; S'il allait reparaître, ainsi qu'un chien perdu ! S'il n'*avait pas été suffisamment pendu ! ,

Dali! rien n'est plus certain: son exlrrtit mortuaire, Sur le premier feuillet de tout diclionnaiiv. Se voit lisiblement écrit ou parafé, ■Au-dessous d'un pierrot au gibet agrafé.

COLOMBINE

Ce sont titres fort bons cpi'on ne saurait produire Quand devant le notaire il me faudra conduire ; Car je pense. Arlequin, pour l'honneur de vos vœux, Qu'ils tendent à serrer le plus sacré des nœuds.

IMKllI'.OT l'USTlUMi;. 471

Parmi corlilicat, on l'onno Irgitimo, l)('iiioiitiez-ni<ii ((u'ou poiil lesacciioillli' sans crime, ,Io vons accorderai très-volontiers ma main, Mais, jnsqnelà, néant!... je passe mo.i chemin.

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