SCÈNE \iy
PIERROT, seul.
Me voilà dans lo monde assez mal situé,
Par ces damnés païens ai-je été bien tué?
Suis-je vivant ou mort ? c'est ce qui m'embarrasse.
Si je suis mort, un point entre autres me tracasse:
Pounpioi mon estomac a-t-il plus que souvent,
Bien <pi'estomac défunt, un ajjpétit vivant,
Et pourquoi mon jïosier, qui devrait être sobre,
S'ouvre-t-il si béant au jus que presse octobre?
En attendant, mangeons ce poulet que j'ai pris,
Et puis bavons un coup pour noyer la souris...
Eprouver les besoins qu'on a quand on existe,
La faim, la soif, l'amour, étant mort, c'est tort lii^^te!
Tout espoir est perdu, je ne puis ressaisir
Au ventre d'Arlequin ce fatal élixir !
Que faire ?... Tuons-nous, mais une fois jmiih tdutes
C'est le meilleur moyen de sortir de ces doutes,
Vovons. Si je prenais la corde ? non, vraiment.
Le cbanvre ne va pas à mon tempérament. .
Si je sautais d'un pont? Xon, l'eau froidi' m'enrbnme..
Ou si je m'étouffais avec un lit de plume?
Fi donc ! je suis trop blanc pour singer Othello... Ainsi, ni le cordon, ni la plume, ni l'eau ; L'arme à feu souvent rate et veut beaucoup d'adresse, iSi jeiïi'asphyxiais par une odeur traîtresse ?... Pouah ! tous ces trépas-là ne sont pas ragoûtants, P»on, m'y voilà : j'ai lu dans un conte du temps, L'histoire d'un mari qui chatouilla sa femme, Et la fit, de la sorte, en riant rendre l'àmc... Cette mort me convient; c'est propre, gai, gentil. Allons, chatouillons-nous; d'un mouvement subtil, Que ma main sur mes lianes en tous sens promem'c, hnite avec ses doigts les pas de l'araignée.
11 ;^c chatoiiillp.
Ouf! je ferais des sauts comme en font les cabris, Si je ne m'empêchais... Continuons... je ris.