ACTE TROISIÈME
Eh bien! j'irai à la Chambre... Je le verrai à la Chambre... Et de la Chambre... je vous rejoins au Sénat...
COl"RTI?«
Ah 1 non... pas au Sénat... voulez-vous?
BIRON
Vous avez le plus grand lort... Il faut aller au Sénat aujourd'hui... y porler beau... et qu'on y voie un baron Courtin très chic... le Courtin des grands jours...
COLUri.N
Vous avez peut-être raison... J'irai... Je remets mon sort entre vos mains, mon cher Biron.
Il lui serre les mains.
BIROV
Mais vous tremblez? Vous êtes glacé....
COlUTIiV
Je me sens un peu nerveux... un peu désemparé.
BiROiN, avec importance.
Courtin, mon bon ami, rassurez-vous... Je crois pouvoir VOUS promettre...
COIT.TLN'
Sincèrement?... Ah! je ne suis pas si tranquille...
Il soupire.
BIUO.N
J'ai arrangé avec Mérindol des choses autrement compliquées.
COIP.TI.N, songeur.
Il faut tout de même que le gouvernement ait de
loi LE FOYER.
mauvaises intentions pour qu'Arnaud Tripier soit venu...
BIUO>' , inlcrrompaiit .
Vous avez eu la visite d'Arnaud Tripier?... Et vous ne m'en dites rien? Que vous a-t-il proposé?
COL'RTLX
C'est vrai... J'oubliais... Je n'ai plus la tête à raoi..l Tout simplement de ne pas intervenir dans la discussion sur l'enseignement...
BIRON, tapant dans ses mains.
Je voyais venir le chantage... (Gaiement.) Tout cela est excellent!
COUR TIN
Vous trouvez ?
BIRON
Dites-moi... étes-vous décidé à faire des concessions?
COURTIX, se défendant.
Ah!...
BIRON
A l'extrême rigueur... en feriez-vous?... Il faut que je le sache... pour Mérindol...
COURTIN
Ils sauront bien m'y forcer... les canailles!... Un gros sacrifice...
BIRO.X
Alors... ça va bien... ça va très bien !
COLRTLN
... Vous êtes admirable!
AQE TROISIÈMl:;. 153
EIRON
Mon cher... du moment que vous cédez.,. (Ck)urtin s éloigne. D'ailleurs, tantôt, avec Mérindol, je saurai exactement où en sont les choses... Dès maintenant, je réponds de tout... Cest cuit... Pas d'instruclion... pas de juge d'instruction... C'est couru... Dans un fauteuil, mon petit Courtin.
COCRTIN
Biron, je vous remercie... Vous êtes le premier qui rac tranquillisiez vraiment... Priou m'avait affolé... Je me ressaisis... J'ai encore quelques personnes à voir ce matin... Je me sauve...
Bir.ON
Je ne vous reconduis pas... Je vais m'habiller...
II lui tend la mai.n.
COLRTl.X
.\llez !... allez donc!
Il remoule indécis vers la droite, hésitant, trouljlé. BIRO.V, remontaat à gauche.
Ça va très bien !
COURTI.x, avant d'ouvrir la porte.
Je ne vous téléphone pas... Je vous attends...
Il tire 5a montre.
BIRON
Au Sénat.
Ne me faites pas languir...
BIRO.N
Dès que j'aurai m Mérindol î... Sapristi, mon cher ...
156 LE FOVER.
je suis votre aini... (Ouvrant la porte du cabinet.) Jean... Frédéric... je m'habille... (En se retournant, il voit Coiii'tiii
un peu, redescendu.) Qu'est-ce que VOUS avcz encore?
COURTIK, redescendant.
Il n'y a pas (fue ce que je vous ai dit qui m'inquiète...
Bir.O.X, s'avançant vivement.
Allons... allons... je me doutais bien... Àsseyez-vou.s là, dans ce somptueux fauteuil...
COURTLN, s'asseyant et regardant les portes de gauche.
On peut parler?
Bir.ON, très intéressé, s'assej'aut aussi. Mon cher... vous pouvez y aller... (Montrant les tapisseries.) Si vous saviez ce que les bergers et bergères ont entendu... vous n'en direz jamais d'aussi raides...
COURTIN, après un moment.
Mon cher Biron... je vous jure... que, ce malin, je n'étais venu que sur le conseil pressant de Priou... Je ne voulais vous parler que de cette affaire de juge... rien- d'autre...
BIRO.N, attentif.
Ah!
COURTIN, un peu embarrassé, d'une voix moins affermie.
Et puis, votre accueil si cordial, si chaleureux, m'encourage à plus de confiance... encore.
BlRO.N, méfiant.
Ah!