ACTE DEUXIÈME
MADEMOISELLE RAMBERT, regardant Courliii.
Esl-ce à propos de la petite Mézy ?
COURTl.N
II ne s'agit pas de la petite Mézy... Un malheur est un malhe .r... Mais toutes les autres qu'où brutalise, qu'on mai tyrise ?
MADEMOISELLE RAMBERT
Monsieur k baron, vous le savez, j'ai élevé de grandes dames... Vous n'ignoriez pas non plus comment j'entendais élever des filles pauvres...
COURTI.\, interrompant.
C'étaient des théories...
MADEMOISELLE RAMBERT
On n'élève pas, comme des enfants de millionnaires, comme des filles de marquises, des petites malheureuses condamnées à rester, toute leur vie, ouvrières ou domestiques. Il faut les préparer à la misère qui les attend.
COLRTI.N
Le fouet à la main ?
MADEMOISELLE RAMBERT
On n'a pas toujours le choix des moyens quand on doit mater les créatures que tous les démons travaillent.
COURTI.V
Et les témoins ?... Les autres... qui regardaient ?
MADEMOISELLE RAMBERT
L'exemplarité... Les punitions et les récompenses... avec l'exemplarité... toutes les religions, toutes les morales, toute la vie repose là-dessus... depuis le catéchisme avec l'Enfer, et le Paradis, jusqu'à la loi
avec les prisons, les médailles, la Légion d'honneur.
L'abbé hausse les épaules.
COURTIN, sardonique.
Et la guillotine?... (Changeant de ton.) C'est un système.
ilADEMOISELLE RAMBERT
C'est le mien.
COURTI>', se contenant à peine.
Eh bien, mademoiselle, vous ti^ouverez bon que je vous prie d'aller l'appliquer ailleurs.
L'abbé se frotte les mains.
MADEMOISELLE RAMBERT, très Calmc,
Mais je ne demande pas mieux...
l'abbé
A la bonne heure !
Un temps.
MADEMOISELLE RAMBERT
Avec l'existence qui m'est faite... les soucis... les
reproches... [Regardant l'abbé qui hausse les épaules et ricane.)
la jalousie... l'espionnage... j'en ai assez.
COL"RTI>
Mademoiselle...
MADEMOISELLE RAMBERT, interrompant.
Je suis à bout de forces et aidée... il faut voir... Presque plus de personnel... pas d'argent... jamais d'argent... Aucun n'est payé. Les fournisseurs viennent me faire des scènes tous les jours... on me menace... on m'insulte... en plein vestibule du Foyer... devant les petites... On me traite de voleuse jusque dans la rue...