PREMIER REITRE
Elle a des yeux mouille's
Qui font qu'on les envie... Hé ! voyons les colliers.
(Ils vont s'asseoir et s'installer tous les trois au pied de la roclie et font couler les tiijoux dans leurs doigts.)
TROISIÈME REITRE. maniant les bijoux.
S'ils sont tous en or lin, ils pèsent.
PREMIER RKITRE
Tu délires!
C'est du bel et bon or.
(Levant nu ccilliei' en l'air.)
Le prix d'un des sourires, Ou'à nous trois tout à l'heure elle adressait gratis.
Etca?
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TROISIÈME REITRE, lui tendant une bague.
PREMIER REITRE, regardant la bague.
Ce gros saphir? un baiser de jadis.
(Faisant ruisseler mélancoliquement les bijoux.)
Tout un passé d'amour dont le reflet enivre !
(Ils continuent à manier et à estimer les joyaux à voix basse. Lore vient d'api)araitre à mi-hauteur du rocher, elle monte lentement vers le sommet.)
LORE
Trop belle pour mourir et trop belle pour vivre!
La voix qui ine parlait disait vrai; le soleil
Ne brille plus pour moi : les couchants d'or vermeil
Et les aubes d'argent flambent,- vaste incendie.
Pour le noble en son burg et le gueux qui mendie,
La sauge et la lavande embaument les matins
Du voyageur hâtant son pas vers les lointains
Hameaux de la vallée; et les oiseaux des haies
Charment le vaL'abond absorbé par les plaies
De ses pieds nus, le dos au revers du talus.
Mais, pour moi, triste enfant de la honte, il n'est plus
Ni fleurs, ni gais matins, ni chants d'oiseaux. Honnie
De tous, j'erre et je rôde avec l'ignominie
De mon passé, traînant comme un affreux linceul
Sur mes pas. Le proscrit partout est toujours seul.
Je marche en un désert, la haine et l'épouvante
M'isolent; dans la nuit je suis morte et vivante
Et les derniers degrés du gouffre, où je descends,
Vers ces blêmes lépreux et leurs corps pourissants,
Baignent dans un cloaque effrayant d'immondice
Et de fange glacée où, quoiqu'il se raidisse,
Tout mon être défaille et ne veut pas glisser. (Après une pause.)
Le mot qui m'eût sauvée, nul ne l'a prononcé.
(Marchant droit vers l'abîme.)
Puisqu'il n'est plus pour moi ni pardon ni justice, Je te quitte et t'absous, monde infâme et complice, Et je m'en viens à toi, refuge souverain Des malheureux, à toi, glauque et vieux fleuve Rhin,
(Elle se jette.) (Le fond du théâtre redevient obscur et tout disparait.)
LE CONTEUR
Et croisant sur son cœur ses bras nus de victime,
La belle se pencha rêveuse sur l'abîme
Et s'y laissa couler, le front extasié.
Les trois estaliers roux, eux, accroupis au pied
De la roche, estimaient les joyaux de la belle.
Et le fleuve emportait au loin la criminelle.
RIDEAU