PREFACE
aux yeux d'eau verte, aux rampements enlaçants de couleuvre de Brocéliande, tour à tour la petite princesse aveugle et par les rois meurtrie de la légende d'Yanthis, petite amoureuse dolente et pitoyable expiant, innocente, le criminel passé de toute une race.
Elle fut enfin, hypnotisée de terreurs, obsédée de remords, lys d'orgueil secoué par l'orage des épouvantes, la reine hallucinée -de la Mandragore... elle fut...! elle aurait dû être!.. Mon imagination déjeune auteur la voyait, comme une autre lady Macbeth, entre les Sorcières de la lande au pied des gros cubes de pierre, où croît le bois noir des gibets.... la Mandragore, la reine Godelive, la figure la plus chère entre toutes les héroïnes conçues pour Elle et dans laquelle, aujourd'hui assagi et plus calme, je retrouve la double hantise des reines de Shakespeare et de Mœterlinck.
Pour Elle Gustave Flaubert et sa Tentation m'inspirèrent le premier acte d'Ennoia, pour Elle le cycle d'Arthus me suggestionna d'évoffuer de l'oubli la coupable et doure figure de rHélèue bretonne, la blanche Genèvre encore célèbre au pays de Cornouailles, et pour elle enfin une mélancolique' poésie d'Henri Heine mo fournit tout un troisième acte avec la légende de Loreley.
Eiinoïa! Il y avait là-dedans des champs de bataille et un bruit de sanglots, de guerre et d'épopée..., des faux serments et des baisers adultères, des fiertés et des révoltes de femmes cabrées contre la brutalité des mâles et l'iniquité toujours persistante des lois, des reines en exil, des princesses errantes, des paniques d'armées et des extases d'amour, des émeutes et des courtisanes innocentes ijvrées par la justice séculière à la justice plus dangereuse des prêtres et par les prêtres abandonnées à l'aveugle cruauté des foules; et tant de légendes résumant l'esprit de tant de races contenaient, il me le semblait du
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moins, presque toutes les larmes avec toutes les Joies et toutes les douleurs.
L'Interprète rêvée lut toutes ces pièces, connut tous ces drames, pleura sur quelques-uns et ne les joua pas.
J'eus le sort commun de beaucoup, de presque tous les poètes, et en effet quelle tragédienne, quelle comédienne aussi a jamais fait couler plus d'encre que celle-là ! Combien d'espérances n'a-t-elle pas déçues qu'elle avait fait naître, à combien de rêves n'a-t-elle pas donné des ailes pour les briser ensuite et de combien de carrières n'a-t-elle pas encourai^é, puis arrêté l'essor! La Divine n'avait pas le temps, elle promettait, promettait toujours, mais ne pouvait tenir ses promesses. La Divine se tordait les mains et se désolait de ne pouvoir jouer ses poètes, au fond c'étaient les seuls qu'elle aimait, mais les événements la poussaient, et la Divine, liée par de précédents engagements, jouait tous les ans une nouvelle œuvre de M. Victorien Sardou. La Divine avait de grands besoins d'argent.
11 faut vivre.... et puis ce furent les tournées des deux Amériques, celles de l'Océanie et de l'Afrique centrale. Entre temps les rêves blessés à mort râlaient le long des routes, les beaux projets s'écroulaient; -un tourbillon d'illusions sécliées, un fumier de feuilles mortes emplissait les fossés des routes de France, et des poètes crevaient de misère et de chagrin, mais ce n'étaient que quelques auteurs en moins. Le sang des hécatombes est l'encens favori des idoles, le fidèle du culte, immolé sur l'autel, n'a que le dioit de bénir le talon du dieu qui l'écrase : la vision finale en extasie les spasmes.
Bref, de tous ces vers inédits et de toutes -ces prose» composées pour une Seule il ne reste aujourd'hui que quatre drames vieillis, sinon démodés, du moins datés de l'époque où triomphait celle qui les inspira. Pareils à