LE VIEUX JARDINIER
Oui, seigneur intendant.
(Des tapissiers disposent un tapis sur les degrés de la porte, des jardiniers se mettent ;i ratisser les feuilles mortes, les autres à orner la porte de chèvrefeuilles et de branches de houx.)
Je l'aurais deviné. Front ro^ue et ton fendant, Tout bouffi d'importance et de graisse blafarde, C'est un cuistre.
L'INTENDANT
Et malbeur à qui de vous s'attarde Et s'amuse à l'ouvrage.
(Apercevant Camillus et Prisca.)
Hé! qu'aperçois-je là?
Un joueur de guitare et son compère.?
(Les interpellant.)
Holà!
Les manants, décampez. Hors d'ici, les bohèmes! Allez chanter ailleurs les airs de vos poèmes. Mort Dieu, vous n'avez pas le cœur prompt à l'efTroi De prendre pour chenil le domaine du Roi!
CA.MILLUS, se levant.
Le domaine du Roi?
L'INTENDANT
Faites vite, qu'on sorte.
(A un menuisier qui lui présente une forte planche pour la porte.)
Oui, ce vieux châtaignier fera très bien la porte.
(A Camillus et Prisca.
Vous m'avez entendu, décampez.
S'il vous plaît?
Et pourquoi.
L'INTENDANT Pour rester êtes-vous fils de Roi?
CAMILLUS
Peut-être...
L'INTENDANT
Roi déchu, dont les sujets par bande Vont pillant le marchand attardé dans la lande... De connaître un bandit je suis vraiment charmé.
LE JARDINIER, à l'intendant.
Prenez f-;arde, seigneur. Le plus jeune est armé.
PRISCA, a Caniillus.
Prince, modérez-vous: on peut nous reconnaître.
L'INTENDANT, njùntrant sa baguette.
Pour fustiger ces gueux j'ai mon bûton de hêtre.
(S'avançant sur eux.j Allons, assez causer. Au large, les vauriens!
PRISCA, saluant.
Seigneur, ayez pitié de deux musiciens.
Nous avons en passant trouvé la porte ouverte Ei nous sommes entrés; la cour était déserte. Nous méditions, assis sur ces degrés moussus, Car nous avons jadis connu des jours cossus.
YANTHIS 93
Malgré notre air fantasque et nos capes en pièces, Nous avons autrefois courtise' des duchosses. Nous vivons aujourd'hui de la bonté des ^ens; Mais nous ne redoutons ni juges ni sergents. Le ciel n'est pas plus pur que nos âmes sont pures.
L'INTENDANT
C'est bon... je vois, messieurs les coureurs d'aventures,
Que votre ton hautain s'est un peu radouci.
Allez, et que la Reine en arrivant ici
Ne vous y trouve pas trainant votre semelle.
(Il leur tourne le doe.)
PRISCA, joyeux.
La Reine vient ici, la charmante nouvelle!
Nous allions vers la Reine, elle s'en vient vers nous.
L'INTENDANT, aux tapissiers.
Vous étendrez ici les deux tapis indous.
(Il monte le perron.) Des coussins sur ce banc.
(Montrant le cèdre.)
Et parmi ce feuillage Ce...
PRISCA, s'approchant, sur la pointe des pieds, de l'intendant. Le Roi Léontès est aussi du voyage ?
L'INTENDANT, machinalement.
Le Roi. ..non.
(S'apercevant que c'est Prisca.)
Mais comment, vous êtes encor là?
9i THÉÂTRE
PRISCA, très humble.
Doux seigneur, écoutez ma requête. Voilà Ce dont il s'agit; ce parc et ce morne domaine N'ont rien de bien vivant pour charmer une Reine. Seigneur, que diriez-vous si deux musiciens, Deux joyeux compagnons, diseurs de jolis riens, Donnaient à Son Altesse une galante aubade ?
L'INTENDANT, rogue, debout sur le perron.
Bon moyen d'irriter les nerfs d'une malade!
Après tout, c'est à vous de voir son médecin ;
Moi, qu'un fredon joyeux soit salubre ou malsain.
Ce n'est pas mon affaire... un vieux myrrhe accompagne
La Reine, voyez-le. Moi, je suis en campagne
Pour préparer le gîte et le coucher royal.
Bonne chance.
(Il entre daus rhabitalLon, suivi de l'escouade des tapissiers chargés d'étoiTes et d'aiguières de prix.)
PRISCA, saluant.
On n'est pas plus courtois.
CAMILLUS
L'animal I
(Durant cette scène, des tapis indous ont été étenlus sur le perron, des coussins et des étoffes sur le banc, et dans le cèdre un grand vélum de pourpre aux armes royales; maintenant on ouvre les volets do l'habitation et les jardiniers continuent à approprier le parc.)