‹ Théâtrè par Jean LorrainChapitre 27 sur 113 · LI-: VIEUX JARDINIER, posant ses mains sur son râteau · texte numérisé non relu

LI-: VIEUX JARDINIER, posant ses mains sur son râteau

He', mes gais compagnons, la Reine est au plus mal.

Elle a voulu revoir l'ombre du bois natal.

Raisonnables ou non, il faut qu'on obéisse

Aux désirs des mourants, triste et dernier caprice.

Enfant, elle a, dit-on, grandi parmi ces bois.

Elle veut les revoir une dernière fois,

Car la vie est ainsi. C'est toujours vers l'aurore

Que les yeux des mourants sont tournés. Le ciel dore

D'un reflet adorable et charmant le passé.

Et moi, moi qui vous parle ici, vieux et cassé,

Je me souviens encor du début de ma vie

Avec ravissement, tandis qu'hélas! j'oublie

Mes chagrins de la veille et mes soucis du jour.

CAMILLUS

Prisca, j'ai peur ! Prisca !

(Il lui prend la main.)

Si, vain chasseur d'Amour, J'avais sans le savoir manqué ma destinée, Si cette jeune Reine à la mort condamnée...

PRISCA

Seigneur!

CAMILLUS

Si c'était... oui...

(Sonnerie de* clairons, cris et rumeurs derrière le mur.)

PRISCA

Ces cris et ces clairons!

C'est la Reine.

CAMILLUS,, voulant s'élancer vers la porte. La Reine! ah! Priscal

PRISCA, le retenant.

Demeurons.

CAMILLUS

Qui va paraître ici! Je me soutiens à peine.

PRISCA

La peur aussi me prend.

(Les clairons sonnent de nouveau, des hérauts d'armes et des gardes royaux apparaissent avec la bannière; ils descendent l'escalier et se rangent de chaque côté du mur.)

Page 1