‹ Théâtrè par Jean LorrainChapitre 37 sur 113 · SCÈNE TROISIEME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIEME

CAMILLUS, YAMHIS, ANTIGONE, MYRHL'S, THYRA.

■^Yanlhis est sur le banc, soutenue par Aniigone et Myrhus. Camillus, à ses pieds, lui baise les mains. Silence.;

CAMILLUS, à genoux.

Y'anthis, Yanthis!

YANTIIIS, revenant à elle.

Ah ! c'est toi 1 Camillus, Parle-moi. Désormais, tu ne t'en iras plus, Plus jamais, n'est-ce pas?... S'ils viennent pour te prendre, Moi, je te défendrai... ta voix câline et tendre Me poursuivait toujours, comme un divin concert, Dans ce palais sinistre. Oh! j'ai beaucoup souffert, Beaucoup pleuré là-bas, demande à ma nourrice! Revenir en ces lieux était mon seul caprice. Je savais t'y trouver, je t'avais pressenti Demeuré là fidèle, et le cœur averti Ne nous trompe jamais. Tout m'a trompé, pauvre être, Ici-bas, hors ce cœur dont le tien est le maître.

MYRHUS

Madame.

YANTHIS

Laisse-nous.

(A Antigone).

Nourrice, explique-lui Qu'il doit me laisser libre et joyeuse aujourd'hui, Que j'aimais Camillus avant d'être amenée Par ses tristes conseils à ce triste hyménée; Que son premier baiser survivait dans mon cœur, Que je suis lasse enfin de crime et de rigueur, Que j'aime Camillus et que rien sur la terre Ne me détournera d'un amour...

MYRHUS

Adultère!

ANTIGONE

Ah! Myrhus...

YANTHIS 110

VAXTIIIS, debout.

Adultère?

MYRIIUS

Un autre est votre époux, Léontès, et son fils embrasse vos genoux.

(Camillus se relève effaré.)

YANTHIS

Suis-je donc si coupable? Alors, la destinée Et ceux qui m'ont contrainte à ce morne hyménée, Moi, pauvre enfant aveugle, avec ce roi vieillard, Leur crime, c'en est un, a son nom quelque part. Ceux-là, bons ou me'chanls, Myrhus, que Dieu les juge. (Se penchant sur Camillus et le prenant dans ses bras.)

Quant à toi, Camillus, mon seul bien, mon refuge, Viens, donne-moi tes mains, presse-moi dans tes bras! Ah! la vie est cruelle et trop courte ici-bas! Vois-tu, nous avons fait tous deux un trop beau rêve Et les hommes méchants l'ont brisé : l'heure est brève. Je sens que je m'en vais et que, las de souffrir. Mon pauvre corps navré me trahit...

CAMILLUS

Toi, mourir!

Je te perdrais encore, à peine retrouvée, Yanthis, mon amour?

YANTHIS

Mon œuvre est terminée.

Je m'éteins sur ton cœur, et, mon front affaibli Vibrant sous tes baisers : mon rêve est accompli. (Elle défaille sur l'épaule de Camillus.)

CAMILLUS

Yantliis! Yaiilliis!

YANTHls. souriante et comme égarée.

Kcoute, riieure est douce.

La lune eu ronds d'aij^'ont sommeille sous la mousse. Je t'attends sur le banc: c'est au doux lendemain Du jour où ma main frêle a rencontré ta main.

CAMILIXS

Que dit-elle!

ANTIGOXE

Myilms.

MYRHUS

He'las! c'est l'agonie!

YANTHIS

Myrhus est endormi, la journée est finie. Kt le parc est désert, entends-tu dans les bois? Quelqu'un chante, Antigonc, et ce n'est pas sa voix, .le t'attends sur le banc, ma nourrice inquiète l'ipie au pied du mur ton pas... quelqu'un s'arrête, Quelqu'un frappe à la poi te, une voix dit : C'est moi. Antigène, est-ce lui?... Camillus, est-ce toi?

(Elle se lève et met ses mains sur les épaules de Camillus.;

Est-ce à toi ces grands yeux, ces lèvres sans sourire? Sans sourire, pourquoi? Je t'aime!

MYRHUà

Elle délire.

CAMILLUS, se levanl avec effroi.

Elle y voit!

YANTHIS 1 U

YANTIIIS, le regardant.

Tes cheveux sont noirs comme tes yeux, Je te rôvais ainsi.

lElle fait quelques pas

Trouble mystérieux,

V verrai s -je ?

(Regardanl Anligone.;

Antigone, est-ce là ton visage ?

Myrhus, est-ce le tien?

'Regardant le reste.)

Est-ce là du feuillage ?

•Se tournant vers Thyra.)

Thyra. je veux te voir.

Elle regarde autour d'elle.

Mais où sont donc mes fleurs?

Mortes!

iSe penchant sur eux.

Autour de moi je ne vois que des pleurs.

■'Myrhu<. Antigone et Camillus sont pleurant à genoux autour d'elle elle se rasseoit sur le banc.

Les lys fanés jonchent l'allée Et les feuilles, le banc désert, Où mon amie au loin allée Rêvait au pied du cèdre vert...

Elle se lève et le bras tendu vers la porte.

Le prince Carnillus! gardes, qu'on le délivre! Ah ! j'étouffe.

•Elle tombe a la renverse, toute droite. Myrhus et Antigone la reçoivent dans leurs bra";.}

Camillus, se jetant sur elle.

Yanthis !

MYRHUS

Elle a cessé de vivre !

CAMILLrS

Elle vivra, Myrhus!

MYRHUS, la main sur le cœur de Yanlhis.

Son cœur est de'jà froid.

Elle a vécu, seigneur.

(Antigone, Thyra et Camillus tombent devant le corps de Yanthis, rumeurs derrière le mur.)

UNE VOIX, derrrière la porte.

Ouvrez, au nom du roi.

Mon père ici !

CAMILLUS, se levant.

MYRHUS

Le roi !

LA VOIX

Qu'on enfonce la porte!

(Camillus se lève et va ouvrir la porte toute grande.)

CAMILLUS

Roi, vous pouvez entrer maintenant. Elle est morte.

(Dans l'embrasure de la porte apparaissent les deux senlinelles, le c;i]ntaine des gardes, une escouade de gardes, Prisca garrolto au milieu d'eux, plus un héraut d'armes.)

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