‹ Théâtrè par Jean LorrainChapitre 4 sur 113 · CONTE EN UN ACTE · texte numérisé non relu

CONTE EN UN ACTE

Ainsi donc ta le reux, Couleuvre aux yeux île feiiimi.'? Appremls ilonc la légende

La scène représente une vieille salle yolhique, an plafond en voûle, soutenu de place en place par des piliers trapus.

Le Conteur est assis, les jambes croisées, sur un escabeau, à droite de la scène. Un vieux missel est ouvert sur ses genoux.

LE CONTEUR, lisant.

Torae deux, page vingt, du livre des le'gendes. Comment, Arthur re'gnant sur les races normandes Des bois de Carleonn aux monts de Pen-Armor, Viviane, la fille onduleuse aux crins d'or, Courtisane galloise experte en félonie, Des douze preux d'Arthur ayant été' honnie Pour sa langue envieuse et ses viles amours, Se vengea.

Retirée au fond des grands bois sourds Dits de Brocéliande, elle endormit dans l'ombre Myrdhinn, le mage errant, le he'ros doux et sombre, Le bienfaiteur d"Arthur et du peuple breton. Les vieux harpeurs gallois ont conservé son nom.

(Parlant à lui-même. j

Viviane et Myrdhinn, les noms d'une romance Célèbre au gai pays d'Anjou...

Mais je commence :

(Lisant.)

C'était aux siècles d'or éclipsés pour toujours

Des combats fabuleux et des longues amours.

Les blés étaient en fleur et dans Brocéliande

L'iris bleu, ce joyau des sources, la lavande

Et la menthe embaumaient; c'était aux mois bénis,

Où le hallier s'éveille à l'enfance des nids,

Et les pommiers neigeaient dans les bois frais et calmes.

Au pied d'un chêne énorme, entre les larges palmes

Des fougères d'avril et les touffes de lys,

Viviane et Myrdhinn étaient dans l'ombre assis.

Le fond du théâtre s'entrouvre et disparait, laissant voir un ravin sauvage et tout en fleurs de la forêt de Brocéliande.

A r/auche, nu pied d'un chêne énorme et dont les ombrages envahissent la scène, l'enchanteur Mijrdhinti est assis, nu-tête et nu-pieds, triste et comme affaissé dans une rêverie profonde. Aux pieds de Mijrdhinn et la tête appuyée sur ses genoux, Viviane est étendue dans une pose suppliante, d(!s guirlandes de feuillage à demi tressées retenues dans un pli de sa robe.

Au tronc du chêne, un peu au-dessus de la tête du Myrdhi?iii, sont suspendus une outre, une épée et un grand casque héraldique en or, ailé d'or rouge et surmonté d'un mufle de tarasque.

Auprès du chêne, immenses touffes de fougères, de bardanes, de glaïeuls, d'iris et de Igs jaunes en fleur, végétation féerique et luxuriante... Au fond du ravin qui termine le décor, long cordon de pommiers et d'aubépines en fleurs, tout blanc au pied d'un bois de sapins noirs.

Myrdhinn et Viviane gardent tous deux le silence.

BROCKLIANDE

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