‹ Théâtrè par Jean LorrainChapitre 60 sur 113 · LE GRAND VENEUR · texte numérisé non relu

LE GRAND VENEUR

Rien difficile, monseigneur, dereleverune piste dans la rosée, et puis ce n'est pas- un gibier ordinaire, les chiens n'onii pas de nez pour ce monstre de m^arécage., Ver.t comme l'herbe et fluide comme l'eau, il nous glissse entre les doigts, mais l'important est que le marais aujourd'hui soit gardé. La bête ne pourra que gagner la bruyère ou les fossés diii château. (Au maître piqnenr.) Vous avez bien posté vos rabatteurs au moins "?

LE PIQUEUR, lui m-ontrant le rabatteur accroupi près d'eux.

Vous voyez, j'ai échelonné un homme à tous les trente pa?.

LE PRINCE. Las nu piqueur.

C'est la nuit que tu devrais les semer ainsi dans la foret pour forcer et réduire à merci la fille. Tu ne sais rien de- plus svtr elle ?

LE PIQUEUR

Rien, ces manants n'ont en tête que le monstre avec sa tête de crapaud et ses pattes grêles.

LA MA.NDliAGUUE IT'J

L1-: l'KlNCE

Ohl cette bête fuyante et glauciue! Quelque chose me dit que je ii"aurai la fille à moi qu'une fois la bêle prise. (Au grand veneur.) Qu'on soune du cor, allez, et qu'on hèle les ciiens ! Les rabatteurs sont en place et le soleil déjà haut dans le ciel. (Le grand veneur et les chasseurs se relirent. Le prince, toujours au piqueur :) Alors, cette fille aux yeux couleur d'eau et si blanche, personne ne la connaît dans le pays .'

MENGEOTTE, à dîuiie Maheude.

Avec quelle passion il lui parle !

LE PIQUEUR

Personne, et si je ne l'avais vue, de mes yeux vue avec vous, je me croirais le jouet d'un songe.

LE PRINCE

Songe irritant, décevant qui brûle le sang de mes veines et désormais me trouble jour et nuit. Ma mère a payé d'un trône l'obsession d'un mauvais rêve. Cette fille que personne ne connaît serait-elle un fantôme? Il y a des jours où je me crois sous la puissance d'un sort. (Apercevant les deux femmes.; Mais c'est dame Maheude, ma bonne nourrice, si mes yeux ne me trompent, et la petite Mengeotte '.' (Il leur fait signe d'approcher tout en allant vers elles.) Boiljour, nourrice; toujours jolie, petite Mengeotte ? Tuas l'aird'une anémone dans l'herbe. On va bien au château? Mais que faites-vous donc là au milieu de lues piqueuis et de mes valets de meute? Ouste! déguerpissez vite; vous allez vous faire culbuter par mes chiens.

MAHEUDE

Que monseigneur nous pardonne. Nous allons au-devant

de Sa Majesté la reine qui fait aujourd'hui pèlerinage eu forêt.

LE PRINCE, brusquement.

C'est vrai, j'avais oublié. Madame notre mère ne s'occupe donc plus d'horoscope et de sorcellerie? Nous ne cultivons plus les herbes magiques et nous vivons avec les cagots? Mômeries pour mômeries, je l'aimais mieux encore avec ses physiciens.

MAHEUDE

Si monseigneur peut dire...

LE PRINCE

Au moins dans ce temps-là ne venait-elle pas se jeter au travers de nos chasses! Si mes danois fouaillent ses bedeaux, porte-lui d'avance nos excuses.

MENGEOÏTE

Comment! monseigneur va chasser quand même?

LE PRINCE

Oui, petite Mengeolte, quand même. La forêt peut bien contenir la mère et le fils, il y a bien la place pour eux deux comme dans le cœur du roi, ah, ah, ah! (A dame Maheude.) Si je fais bonne chasse, dis à notre mère que j'irai lui porter mon butin et lui demander, cette nuit, pour mes gens et pour moi le souper et le gile; et toi, petite Mengeotte, si tu t'ennuies par trop au milieu des orfraies dans ce nid de béguines et de moines, tu sais qu'il y a toujours pour toi une place à la cour. (Au iiiiiueun. Allons,

viens (il sort brusquement.)

(De|uiis quelque temps une vieille mendiante équivrique u paru dans le fond de la scène, observant les femmes et le prince. Sous les haillons de la mendiante on reconnaît Odonilde.)

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