‹ Théâtrè par Jean LorrainChapitre 62 sur 113 · SCÈNE Y · texte numérisé non relu

SCÈNE Y

LA MENDLANTE

Eh, eh! elles s'ensauvent, mais n'éviteront point pour ça leurs destinées. J'aurais pu cependant dire à la petite quel gros chagrin elle berce et nourrit dans son cœur, eh, eh, eh! Nous avons tous au profond de nous-même un vilain rêve qui suce et pompe notre sang, et c'est le crapaud sous la pierre que nul n'ose soulever et dont l'ensorcelée meurt sûrement.

Dans le sang tiède et l'huile verte La rachie doraiait inerte Auprès du morne sablier, Dans le soniljre vase enfermée; On la croyait inanimée ; Il ne fallait pas sy lier.

Eh, eh, eh! ils m'en veulent tous parce que je lui ai procuré la racine; elle me l'avait demandée; elle voudrait aujourd'iiui se délivrer du charme; ils sont tous ainsi. Ils ont tous liAte de rompre le cercle étoufl'ant du sort, comme si le Mauvais lâchait la proie qui s'est donnée à lui.

La nuit, à la feoêtre ouverte

La racine baignait offerte

Au clair de lune; et sur les bords

Du bocal, une forme humaine

Se hissait grimaçante, obscène,

Aux bras palmés, aux membres tors.

Le maitre-mire et le médecin du château croient soulager son mal par ce pèlerinage, eh, eh, eh, ils ont été avisés. Ils ne savent pas ce que cette cérémonie leur prépare! (Voyantque le rabatteur l'observe :) Oh, oh! il me semble que ces yeux-là m'épient; (pointant un doigt vers lui:) tu dormiras. (Le rabatteur effrayé veut faire un geste, mais il tombe à la renverse et s'endort.) Encore un, qui n'ira pas rapportsr mes faits et gestes au château, mais voici justement nos deux maîtres guérisseurs, don Marins de Lyden et notre chapelain.

(Elle se tapit dans un taillis. Entrent le médecin et le chapelain.)

Page 1