‹ Théâtrè par Jean LorrainChapitre 7 sur 113 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

VIVIANE

VIVIANE

Quoi, j'aurais appelé, calme et lente, à mon aide Et les pleurs de mes yeux et les pleurs de ma voix, Et la complicité des sources et des bois, Et ce char;ne maudit m'échappeiait encore!

(Désignant Myrdhinn enfoncé dans sa rèvone.)

J'aurais à ce sépulcre ofl'ert ma jeune aurore

RROCtUA.NDE

Et fait de mes vingt ans à ce spectre un tapis, Pour joindre cet outrage aux anciens maux subis! Non, mon âme n'est pas à ce point résignée. (D'une voix soarde et concentrée.)

Apre et noir souvenir d'une amour dédaigne'e,

Hautain mépris d'Arthur, longs regards méprisants

Des suivantes, propos cruels et médisants,

Et toi, spectre exécré, triomphante Genèvre

Tendant ta main royale et haïe à ma lèvre,

Revenez, revenez fomenter mon ardeur

Éteinte, et rallumer ma sauvage impudeur;

Revenez, lourds affronts dévorés en silence

Et vibrant dans mon cœur comme des fers de lance,

Revenez m'enivrer de rage et de coun^oux.

Que triomphante enfin, la fille aux cheveux roux,

La Viviane errante et de tous méprisée,

Viviane, autrefois la serve et la risée

Des reines, redressant soudain un bras obscur.

Cloue au mur des affronts la couronne d'Arthur!

(Regardant Myrdhinn appuyé contre un arbre, le front au revers de sa main.)

Et le charme surpris me donnerait la gloire! (Menaçant Myrdhinn.)

Oh! pétrir sous mes doigts ce vieux crâne d"ivoire.

Arracher le secret à ses mornes efforts

Et, lui, vaincu, perdu, plus forte que les morts,

Reparaître et, le cœur gros d'ancienne rancune,

Emplir enfin le monde et changer la fortune

Des rois indifférents et de ceux qui jadis

M'ont osé mépriser, moi !

(Avec transport.)

Les cieux airrandis

S'entr'ouvrentl

Mais déjà, dans l'àpre solitude, Le soir en s'étendant met une quiétude; Déjà les lys de neige, au pied des chênes bruns, Effleurés par la nuit, ont de plus doux parfums; Et bientôt sur les pins va se lever la lune.

(S'adressant aux arbres et louchaut les fleurs autour d'elle.)

0 com[dice éternelle, immense forêt brune.

Chênes mystérieux, amis de mon exil.

Et vous, coupes d'amour, troublantes fleurs d'avril.

Soyez tous cette nuit mes sauvages complices

Et je préserverai à jamais vos calices.

Lys d'or, et toi, forêt, tes chênes de l'hiver.

(La uuit, durant cette tirade, est descendue peu à peu sur la scène. Viviane cueille vivement quelques fleurs, une gerbe d'iris et de lavandes, puis, s'approchant à pas furtifs de Myrdhinn arrêté contre son arbre, elle lui met les deux mains sur les yeux en lui répandant les fleurs sur le visage.)

Page 1