SCENE III
MOROLD, montrant au peuple Genèvre et Geryn.
Enfin, qu'avais-je dit? regardez tous. L'aveu De la faute est flagrant, et la couche adultère S'ouvre assez étale'e à vos yeux ! Le mystère Est percé comme une outre et je n'ai pas menti :
(Désignant Geryn.)
Elle avait pour amant ce parjure.
GERYN, metlaiil la main à son épéc.
lia dit?
KNNOIA iiVJ
GENKVRE, à Geryn.
Laisse donc le crapaud baver en paix sa bave. Morold est un bâtard, sa mère était esclave. Les coups jadis reçus excitent son émoi.
MOROLD, à Genèvre.
Et ma vieille rancune ulcérée a vers toi
Conduit ces gueux, ces preux, ces pens, cette canaille
Que ton stupide orgueil de femme affronte et raille.
Mais on te brisera, femme, comme un roseau!
Où donc est ta quenouille, où donc sont tes fuseaux ?
Ces étoffes de pourpre et ces coussins de soie
Sont le luxe insolent d'une fille de joie,
Et, tandis que mon roi, mon maître et ton époux,
Défend notre frontière, au milieu des bijoux
Et des vases d'agate et d'ambre diaphane.
Tu reçois un amant et fais la courtisane.
GERYN, se précipitant sur lui, l'épée haute.
Toi, tu en as trop dit.
(Morold, d'un coup de masse de fer, brise l'épée de Geryn. Des cavaliers entourent Morold de leurs boucliers.)
MOROLD, à Geryn.
Holà, bel écuyer, Qui donc consentirait sans rougir à croiser Son fer avec le tien, maintenant que parjure A tes serments, félon et dégradé, l'injure De mignon de couchette et de beau favori Te sied comme un gant neuf! En effet le mari, Te croyant ami sûr, te l'avait confiée. Car on vantait alors ta gloire irradiée.
Sans (ache et ton honneur avec la loyauté;
(ieryn, le fier, le chaste, était le preux cité.
Honneur aventureux, loyauté mal trempée,
Ame d'acier Fragile ainsi que ton épée,
Trois mois avec la dame aux beaux yeux que voilà
Un re^'ard, un sourire ont défruit tout cela !
Serments au roi ton maître, honneur, humeur farouche
Ont fondu comme neige au souffle de sa bouche,
Et maintenant, opprobre errant, honni de tous,
Ta pauvre âme engluée entre les cheveux roux
D'une femme infidèle et fausse, l'adultère.
Comme un vivant remords, dans ton cœur solitaire,
Tu vivras désormais méprisé, triste et seul.
Ton honneur à jamais cousu dans le linceul
Qu'auront tissé ces mains, ces yeux et cette bouche...
Et les femmes fuiront la honte de ta couche,
Car tu seras pour tous un traître renégat!
Mais va-t'en, j'ai pitié de ton front morne et las;
Un autre châtiera ton crime et ta faiblesse.
Mais va-t'en, ta présence accuse ta maîtresse.
A ton tour aie pitié de ce corps accablé
De douleur, et devant ce peuple rassemblé
Ne crie pas plus longtemps et ta faute et la sienne.
Va, le passage est libre... et la demeure ancienne
Où tes vieux serviteurs ne te connaîtront plus
Attend et tes remords et tes pleurs superflus.
(La foule s'écarte en silence devant Geryn hésitant.)
GENÈVRE
Va, je te rejoindrai.
(Geryn sort.)
EISXOÏA -251
SCKNE IV
MOROLD, GENÈVRE
MOROLD, railleur.
Toutefois, pas encore.
Son Altesse royale attendra bien l'aurore Du retour annoncé du roi.
Tu Tas fait prévenir ?
GENEVRE
Comment, déjà
MOROLD
Non, Ratbert que voilà, Le courrier du palais va partir pour Sçyone.
GENÈVRE
lju"il parte.
MOROLD
Tu souris et, comme une lionne, Tu rugis de sentir autour de ton orgueil Les barreaux d'une geôle et le froid d'un cercueil ; Car ce peuple en courroux, que regardent à peine Tes yeux, réclamera, lui, la mort de la reine Adultère. La reine, en trahissant son roi, Trahit la dynastie, et le peuple a sou droit Qu'il n'abandonne pas, lui, fort de la rancune De tant de maux soufferts jadis... Et ta fortune Est toute entre ces mains de bâtard que tu hais, Pauvre femme enfin prise aux mailles de nos rets,
Car moi seul, entends-tu, de ton ignominie
Ai décliiré le voile, et si dans l'agonie
Tu te débats ici, c'est pour mon seul plaisir.
GENÈVRE
On dirait que ta voix défaille de désir!
MOROLD
Tu dis?
GEiNÈVRE
Que la luxure est une ardente lave !
Prends garde à loi, Morold... Mais que m'importe, esclave. Ta présence et ce peufde à mon seuil entassés"? L'avenir ne m'est rien, puisque j'ai le passé. J'ai connu les baisers de l'homme que j'adore, Son souvenir m'étreint et me possède encore El ma chair frémissante est encore avec lui. Depuis qu'il n'est plus là, tout est mort, tout a fui l£t mon rêve enivré n'est plus de cette terre.
MOROLD, la montrant au peuple.
Vous tous, vous l'entendez proclamer l'adultère, (ilorifter sa faute et, relevant le front, Salir encore Arthus de ce public affront.
GENÈVRE, sadiessant au peuple.
Eh bien oui, tète haute et librement j'avoue
tt pas une rougeur n'empourprera ma joue.
lin homme s'est trouvé qui m'a plu follement.
Je l'ai pris devant Dieu pour maître et pour amant.
Subir l'adreux amour d'un homme qu'on abhorre.
Pour moi le crime est là, mais l'être qu'on adore,
EN.NOÏA '233
Lui seul a droit sur moi de vie et de trépas. J'ai trompé votre roi, mais je ne laiinais pas. L'n seul homme a rempli, fleuri toute ma vie! La cautèle rampante et la haineuse envie D'un lâche ont sur mes pas dressé la trahison ;
(Montrant Morold.)
Sans Thomme que voilà je serais sans soupçon Et la i-'loire d'Arthus resplendirait sans lâche. Le peuple choisira de l'amante ou du lâche 1
MOROLD, s'avanraat vers elle.
Ah! .
UNE VOIX, dans la foule.
Laissez-la parler.