‹ ThéâtreChapitre 1 sur 116 · SOCIÉTÉ D ÉDITIONS LITTÉRAIRES ET ARTISTIQUES · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ D ÉDITIONS LITTÉRAIRES ET ARTISTIQUES

Librairie Paul Ollendorff

5o, CHAUSSÉE d'antin, 5o

Tous droits réservés.

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// a été tiré à part

cinq exemplaires sur papier de Hollande

numérotes à la presse.

PRÉFACE

Ce théâtre féerique, lyrique, épique et légendaire, écrit, il y a vingt ans et plus, sous la visible inspiration de Leconte de Lisle et du poète lauréat anglais sir Alfred Tennyson, sous l'obsession aussi des Mantegna, des Carpaccio, de Gustave Moreau surtout et peut-être de Hœklin (car la peinture est bien plus près qu'on ne le croit de la mise en scène, et la beauté du théâtre grec réside peut-être toute entière dans la parfaite harmonie des acteurs et du décor), ce théâtre de mes vingt ans et de mes trente ans aussi, évidemment puisé à tant de sources différentes, fut surtout rêvé, composé et voulu pour une interprète unique, une géniale, ingénieuse et rythmique artiste, dont la merveilleuse compréhension de la scène, la plastique incomparable et une diction autrefois de caresse ont bouleversé, révolutionné, enchanté, passionné ot captivé tout un siècle.

Je n'ai pas besoin de la nommer.

On aura vite deviné que, pareil en cela à tous les poètes Je ma génération, pendant vingt ans, je n'ai rêvé et n'ai voulu qu'elle pour interprète.

Elle a été tour à tour la Viviane onduleuse et féline

PREFACE

aux yeux d'eau verte, aux rampements enlaçants de couleuvre de Brocéliande, tour à tour la petite princesse aveugle et par les rois meurtrie de la le'gende d'Yanthis, petite amoureuse dolente et pitoyable expiant, innocente, le criminel passé de toute une race.

Elle fut enfin, hypnotisée de terreurs, obséde'e de remords, lys d'orgueil secoué par l'orage des épouvantes, la reine hallucinée de la Mandragore... elle fut...! elle aurait dû être !.. Mon imagination déjeune auteur la voyait. comme une autre laJy Macbeth, entre les Sorcières de la lande au pied des gros cubes de pierre, où croît le bois noir des gibets.... la Mandragore, la reine Godelive, la figure la plus chère entre toutes les héroïnes conçues pour Elle et dans. laquelle, aujourd'hui assagi et plus calme, je retrouve la double hantise des reines de Shakespeare et de Mœterlinck.

Pour Elle Gustave Flaubert et sa Ten^a^ton m'inspirèrent le premier acte d'Enyioia, pour Elle le cycle d'Arthus me suggestionna d'évoquer de l'oubli la coupable et douce figure de l'Hélène bretonne, la blanche Genèvre encore célèbre au pays de Cornouailles, et pour elle enfin une mélancolique poésie d'Henri Heine me fournit tout un troisième acte avec la légende de Loreley.

Ennoïa! Il y avait là-dedans des champs de bataille et un bruit de sanglots, de guerre et d'épopée..., des faux serments et des baisers adultères, des fiertés et des révoltes de femmes cabrées contre la brutalité des mâles et l'iniquité toujours persistante des lois, dés reines en exil, des princesses errantes, des paniques d'armées et des extases d'amour, des émeutes et des courtisanes innocentes livrées par la justice séculière à la justice plus dangereuse des prêtres et par les prêtres abandonnées à l'aveugle cruauté des foules; et tant de légendes résumant l'esprit de tant de races contenaient, il me le semblait du

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